L'histoire
Porter des lunettes Emmanuelle Khanh, c'est prolonger l'acte d'une femme qui a décidé, en 1971, que ses lunettes ne la définiraient pas par son handicap visuel, mais par son audace esthétique. Cinquante ans plus tard, cet acte est toujours révolutionnaire.
Il existe un avant et un après Emmanuelle Khanh dans la lunetterie mondiale. Avant elle, les lunettes étaient un correctif médical qu'on s'efforçait de rendre le plus discret possible — petites montures, matières neutres, design qui s'excuse de lui-même. Après elle, les lunettes sont devenues l'accessoire le plus fort du visage. Ce changement de paradigme n'est pas venu d'un grand groupe industriel ni d'un marketing millionnaire : il est venu d'une femme myope, orpheline, qui avait fait du mannequinat chez Balenciaga et décidé que ses lunettes seraient à la hauteur de ce qu'elle avait à dire au monde.
Renée Mézière — une orpheline chez Balenciaga
Renée Mézière naît le 12 septembre 1937 à Paris. Orpheline, elle grandit dans une France d'après-guerre qui se reconstruit. À peine adulte, elle entre dans le monde de la mode comme mannequin cabine — d'abord chez Balenciaga, puis chez Givenchy. Elle voit de l'intérieur comment fonctionne la haute couture, et quelle distance s'est creusée entre ces temples de l'exclusivité et la rue parisienne réelle.
1957 — Le couple Khanh
En 1957, elle épouse Quasar Khanh, ingénieur et designer visionnaire. Ensemble, ils forment un couple avant-gardiste et très médiatique dans le Paris des années 60, vivant la mode comme un projet intellectuel autant qu'esthétique. Elle prend le nom d'Emmanuelle Khanh — à la fois personnel et mystérieux, ce nom sera celui de la marque. Quasar contribue à l'audace formelle de ses créations, dans un dialogue permanent entre la forme et l'idée qu'elle porte.
1961-1966 — L'invention du prêt-à-porter
En 1961, Emmanuelle crée sa première ligne de vêtements. Elle travaille pour Dorothée Bis et Cacharel, signe une collection pour Missoni ; Paco Rabanne, en voyant son travail, demande à collaborer avec elle. Avec Sonia Rykiel et Michèle Rosier, elles forment le trio fondateur qui va révolutionner la mode française : le prêt-à-porter vient de naître. La Redoute collabore avec elle dès 1966, et la mode yéyé — celle de la jeunesse et de la libération — trouve en Emmanuelle Khanh sa traductrice parisienne. Elle sera surnommée « la Mary Quant française ».
1971 — L'année qui change la lunetterie
Emmanuelle Khanh est myope. Elle a porté des lunettes toute sa vie en essayant, comme tout le monde à l'époque, de les rendre les plus discrètes possible. Un jour, elle prend une décision radicale : créer des lunettes qui ne se cachent pas, qui prennent de la place, qui s'imposent comme un accessoire de mode au même titre qu'un bijou ou un chapeau. Des lunettes oversize. En s'associant à Henri Guillet, fabricant de lunettes, elle lance sa première collection — des montures volumineuses et colorées comme personne n'en a jamais vu. Des personnalités que tout opposait les adoptent simultanément : une grande actrice, icône de l'élégance française classique, et une figure rock de la transgression androgyne. La preuve d'un objet de design pur, qui appartient à celui qui le porte. En quelques saisons, Emmanuelle Khanh a changé la façon dont le monde voit les lunettes — au sens propre comme au figuré.
1977-1990 — La boutique Rue de Tournon et l'âge faste
En 1977, elle ouvre sa première boutique rue de Tournon, dans le 6e arrondissement de Paris : lunettes, bijoux, chapeaux, gants, sacs, prêt-à-porter — un univers total. La maison connaît une période faste jusqu'en 1990, date à laquelle elle cesse son activité.
2012-2017 — Le retour et la transmission
La maison effectue son grand retour en 2012 : les classiques sont réédités, les ateliers jurassiens rouverts. En 2016, Eva Gaumé est nommée directrice artistique, choisie par la fondatrice elle-même pour poursuivre son travail. Sa philosophie résume la transmission : « La créatrice m'a transmis sa générosité piquante et joyeuse, son amour pour les femmes, leurs corps et leurs vies, leur besoin d'exister comme leur envie d'appartenir. C'est ce caractère, libre et féministe par instinct, qui guide aujourd'hui ma création. » En 2017, Emmanuelle Khanh s'éteint à Paris, à 79 ans. La maison continue, portée par cet héritage ; en 2019, pour ses 50 ans, elle crée son propre monogramme avec le studio Dream Office.
L'esprit Emmanuelle Khanh
Avant Emmanuelle Khanh, les lunettes étaient des prothèses ; après elle, des accessoires de mode. Tout l'esprit de la maison tient dans ce renversement, parti de la myopie revendiquée de sa créatrice : si l'on doit porter des lunettes, qu'elles soient les plus grandes, les plus belles, les plus affirmées qui soient. La signature n'est pas subtile — elle est assumée. Plus grande est la monture, plus affirmée est la personnalité : visible veut dire magnifique. C'est une vision libre et féministe par instinct, qui s'adresse à celles et ceux qui voient leurs lunettes comme une partie centrale de leur personnalité, et non comme une concession à leur vision.
Les codes eyewear
* L'oversize comme signature absolue : le code fondateur, inchangé depuis
Les montures prennent de la place sur le visage et ne s'excusent pas d'exister — l'exact opposé de l'époque qui avait appris aux femmes à rendre leurs lunettes invisibles.
* Le modèle iconique 8080 : la pièce maîtresse de la maison, une monture extra-large dont les proportions ont été comparées à « un tableau de Mondrian ». Devenue objet de collection prisé en ventes aux enchères, elle reste la référence absolue de l'esthétique Emmanuelle Khanh.
* Les écailles travaillées : l'acétate se distingue par ses motifs d'écaille, ses transparences et ses profondeurs de couleur — le résultat d'une matière sélectionnée avec soin et d'un polissage d'une semaine en tonneau.
* Le logo EK posé à la main : les initiales EK sont incrustées une par une, à la pince, dans des incisions gravées sur chaque branche, puis recouvertes d'une résine transparente. Ce détail de sertissage manuel distingue une lunette artisanale d'une production industrielle.
* Une fabrication en plus de 80 étapes : chaque paire passe par plus de 80 étapes documentées dans les ateliers jurassiens d'Oyonnax — acétate de cellulose, polissage en tonneau, assemblage et finitions à la main. Les lunettes sont conçues à Paris et fabriquées en France (Jura) et au Japon.
* Deux collections complémentaires : la ligne Héritage réinterprète les modèles historiques avec une précision archivistique, la ligne Studio projette l'ADN de la maison dans des silhouettes contemporaines.
La clientèle
Les lunettes Emmanuelle Khanh parlent à celles et ceux qui voient leur monture comme une partie centrale de leur personnalité. C'est d'abord la femme qui a décidé de ne plus cacher ses lunettes : longtemps elle a porté des montures discrètes parce qu'elle croyait que c'était attendu d'elle, jusqu'au jour où elle comprend que sa correction peut être le plus beau détail de sa silhouette. C'est la passionnée de mode et de patrimoine français, pour qui porter Emmanuelle Khanh c'est porter un morceau de l'histoire de la mode parisienne des années
Questions fréquentes
Réponses utiles sur le sujet
Qui a inventé les lunettes oversize ?
Emmanuelle Khanh, en 1971. Myope, elle renverse la logique de l'époque qui voulait des lunettes discrètes et crée des montures volumineuses, assumées, conçues comme un accessoire de mode. Ce geste fondateur est à l'origine de toute l'esthétique lunettière oversize mondiale.
Où sont fabriquées les lunettes Emmanuelle Khanh ?
Les lunettes sont conçues à Paris et fabriquées en France, dans les ateliers jurassiens d'Oyonnax, ainsi qu'au Japon. Chaque paire passe par plus de 80 étapes artisanales — dont un polissage en tonneau d'une semaine et un logo EK posé à la main.
Qui dessine les collections Emmanuelle Khanh aujourd'hui ?
Depuis 2016, c'est Eva Gaumé qui dessine les collections, choisie par la fondatrice elle-même pour poursuivre son travail. Elle anime deux lignes : Héritage, fidèle aux modèles historiques, et Studio, plus contemporaine. Les lunettes Emmanuelle Khanh sont disponibles à l'essayage chez b-photo, votre opticien à gradignan, pour découvrir une sélection adaptée à votre style, votre opticien, votre gradignan et votre gradignan.