LAC DE LACANAU
Les “Algues” du Lac de Lacanau
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Les “Algues” du Lac de Lacanau

Les “Algues” du Lac de Lacanau

*Lagarosiphon major* dans les lacs médocains : origine, arrivée, propagation et problèmes écologiques

Sommaire

Origine de l’espèce

*Lagarosiphon major*, aussi appelé grand lagarosiphon ou élodée crépue, est une plante aquatique immergée originaire d’Afrique australe. Elle vit naturellement dans des eaux douces calmes ou faiblement courantes : lacs, étangs, retenues, canaux lents. ([Cab Digital Library][1])

Elle a été introduite hors de son aire d’origine par le commerce des plantes d’aquarium et de bassin, où elle était appréciée comme plante “oxygénante”. Cette voie d’introduction est classique pour les plantes aquatiques invasives : une plante cultivée en aquarium ou bassin est rejetée dans le milieu naturel, volontairement ou accidentellement. ([riparias.be][2])

Arrivée en Europe et en France

L’espèce est signalée en Grande-Bretagne dès 1944, puis se diffuse progressivement en Europe occidentale. Elle est aujourd’hui considérée comme introduite et invasive dans plusieurs pays, dont la France, l’Irlande, l’Italie, la Suisse, le Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande. ([Cab Digital Library][1])

Dans le sud-ouest de la France, elle devient particulièrement problématique dans les grands plans d’eau littoraux aquitains. Les lacs médocains — Lacanau, Carcans-Hourtin et le canal des Étangs — sont explicitement cités comme colonisés par *Lagarosiphon major* et *Egeria densa*. Le SIAEBVELG indique une invasion “depuis les années 1985” ; si l’on retient une datation plus prudente pour le récit local, on peut parler d’une installation visible à partir de la fin des années 1980 et du début des années 1990. ([Lacs Médocains][3])

Pourquoi cette plante devient invasive

Le problème principal ne vient pas d’une reproduction par graines, mais de la reproduction végétative. Un fragment de tige peut rester vivant, dériver, se déposer, puis produire un nouvel herbier. Cela rend l’espèce très difficile à contrôler : couper, arracher ou brasser sans récupérer les fragments peut parfois aggraver la dissémination.

La commune de Lacanau insiste d’ailleurs sur ce point : il faut éviter de fragmenter le lagarosiphon, car cette fragmentation favorise sa reprise et son extension. ([Lacanau][4])

Conditions favorables dans les lacs médocains

Les lacs médocains offrent plusieurs conditions favorables :

* eaux peu profondes sur de larges bordures ; * forte luminosité dans les zones claires ; * fonds sableux ou vaseux permettant l’enracinement ; * anses abritées du vent ; * faibles courants ; * forte fréquentation humaine estivale.

L’espèce ne colonise pas uniformément tout le lac. Elle réussit surtout dans les baies calmes, les anses abritées, les zones peu brassées, où les fragments peuvent rester au contact du fond. À l’inverse, les zones exposées au vent, à la houle ou au courant sont moins favorables à la formation d’herbiers denses.

Propagation locale

La propagation se fait principalement par :

enracinement dans une zone calme et lumineuse.

Dans un grand lac fermé ou semi-fermé, ce mécanisme produit une dissémination progressive d’anse en anse. Le courant général n’est pas forcément le moteur principal ; ce sont plutôt les petits déplacements locaux, le vent, la fréquentation nautique et les zones de dépôt qui structurent la colonisation.

Problèmes écologiques

Les herbiers denses de *Lagarosiphon major* peuvent :

* concurrencer les plantes aquatiques indigènes ; * réduire la diversité des herbiers naturels ; * modifier les habitats des poissons et invertébrés ; * ralentir la circulation locale de l’eau ; * accumuler beaucoup de biomasse ; * perturber les usages : baignade, pêche, navigation, entretien des berges.

Dans les lacs médocains, le problème n’est donc pas seulement esthétique. C’est une transformation des habitats littoraux peu profonds, notamment dans les baies abritées.

Exemples dans d’autres lacs

Le phénomène n’est pas propre à Lacanau. *Lagarosiphon major* est connu comme espèce invasive dans plusieurs grands plans d’eau européens et extra-européens. En Irlande, par exemple, elle est suivie dans certains lacs et canaux ; en Nouvelle-Zélande, elle est classée parmi les plantes aquatiques problématiques ; en France, le lac du Salagou a fait l’objet de retours de gestion spécifiques. ([EPPO Global Database][5])

Ces exemples montrent que l’espèce est difficile à éradiquer une fois installée. Les politiques de gestion privilégient généralement la limitation de la dispersion, la surveillance, l’arrachage ciblé et la récupération stricte des fragments.

Conclusion

*Lagarosiphon major* est une plante aquatique venue d’Afrique australe, introduite en Europe par les usages horticoles et aquariophiles. Dans les lacs médocains, son installation devient visible à la fin des années 1980 et au début des années 1990, même si certaines sources locales parlent d’une invasion amorcée dès les années 1985. Son succès repose sur une combinaison simple : eau douce calme, lumière, fonds favorables, fragmentation végétative et transport local des fragments.

Le cas médocain n’est donc pas une anomalie. Il correspond au modèle classique d’une invasion de macrophyte aquatique : introduction humaine, installation dans les zones abritées, multiplication par fragments, extension progressive, puis difficulté de gestion durable.

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