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Une réponse française à la guerre sous-marine

Au début de l’année 1916, Alphonse Tellier revient pleinement à la construction aéronautique. Son parcours est déjà atypique : constructeur de bateaux rapides,.

Une réponse française à la guerre sous-marine

L’expérience marine de Tellier devient un atout militaire.

Au début de l’année 1916, Alphonse Tellier revient pleinement à la construction aéronautique. Son parcours est déjà atypique : constructeur de bateaux rapides, spécialiste des coques planantes et des flotteurs d’hydravions, il possède une expérience marine rare parmi les constructeurs d’aéroplanes. Cette compétence devient décisive lorsque la Marine nationale française cherche à développer des appareils capables de patrouiller en haute mer et de lutter contre les sous-marins allemands.

En janvier 1916, Tellier se rend au Centre d’Aviation Maritime de Dunkerque. Il y découvre une situation préoccupante : la Marine manque d’appareils adaptés à la surveillance maritime. La guerre sous-marine allemande impose de nouveaux besoins : autonomie, robustesse, capacité d’emport, stabilité sur mer et armement efficace.

La Marine prépare alors un marché pour un hydravion triplace armé, motorisé par le nouveau V8 Hispano-Suiza de 200 chevaux. Tellier hésite d’abord. Son expérience précédente dans l’aviation, avec les monoplans de Juvisy, s’était terminée par une faillite douloureuse. Mais la pression de ses proches, l’urgence militaire et l’expérience de son équipe le conduisent à reprendre les études aéronautiques.

Sommaire

Le Tellier 200 ch : premier grand hydravion militaire

Un biplan à coque conçu pour la patrouille maritime.

Dès le début de 1916, l’équipe Tellier se remet au travail autour d’un noyau d’hommes expérimentés : Alphonse Tellier, Robert Duhamel, Émile Dubonnet et Gabriel Voisin, ce dernier construisant la voilure. En trois mois, le premier hydravion Tellier est réalisé.

Le résultat est un biplan à coque de 15,60 mètres d’envergure, équipé d’un moteur Hispano-Suiza 8Ba de 200 chevaux. Les essais commencent en juin 1916 sur la Seine, à Neuilly. L’appareil est piloté par le sergent Duyck, accompagné de Racine Carteau et d’un mécanicien Hispano-Suiza. Les premiers résultats sont prometteurs : l’hydravion est jugé facile à piloter et suffisamment puissant pour répondre aux besoins de la Marine.

Un accident intervient cependant après une montée à 3 000 mètres : le moteur givre, l’appareil s’écrase dans la Seine et se brise. L’équipage s’en sort indemne. Malgré cet accident, le potentiel de l’appareil est reconnu. Dubonnet finance alors la construction de nouveaux exemplaires. Deux hydravions supplémentaires sont envoyés à la CEPA de Saint-Raphaël pour essais officiels en octobre 1916. Leurs performances et leur stabilité sont jugées remarquables.

Le Tellier 200 ch est alors commandé comme bombardier-patrouilleur de haute mer. Le 8 novembre 1916, la Marine nationale commande d’abord dix exemplaires, puis cent au début de 1917 et deux cents autres à la fin de la même année.

Caractéristiques du Tellier 200 ch

  • Envergure : 15,60 m
  • Surface portante : 47 m²
  • Longueur : 11,83 m
  • Hauteur : 3,60 m
  • Moteur : Hispano-Suiza 8Ba de 200 ch
  • Poids à vide : 1 150 kg
  • Poids en charge : 1 795 kg
  • Équipage : deux ou trois hommes
  • Vitesse maximale : 135 km/h
  • Autonomie : 4 heures, soit environ 700 km
  • Armement : deux bombes de 52 kg et une mitrailleuse avant

Ces données montrent un appareil conçu non pour la vitesse pure, mais pour l’endurance, la stabilité et la capacité opérationnelle en mer.

Hydravion Tellier 200 chevaux utilisé pour la patrouille maritime pendant la Première Guerre mondiale

Production et mise en service

Une fabrication ambitieuse, mais difficile à accélérer.

La production du Tellier 200 ch est complexe. Gabriel Voisin construit les ailes des dix premiers appareils. Émile Dubonnet réalise les coques dans une nouvelle usine d’Argenteuil, avec l’aide des Cycles Alcyon, spécialisés dans les assemblages métalliques.

Mais la cadence reste lente : seulement 92 hydravions sont produits en 1917. La Marine s’impatiente, d’autant que d’autres constructeurs comme F.B.A. ou Donnet-Denhaut produisent plus rapidement. Pour accélérer la fabrication, la licence Tellier est confiée à l’Arsenal de Cherbourg et aux Chantiers de l’Adour.

La marine américaine commande également 105 Tellier 200 ch en 1917, mais cette commande est finalement annulée en raison du rythme de production insuffisant. Au total, 170 Tellier 200 ch sont livrés à la Marine française avant la fin des hostilités.

Ces hydravions sont mis en service dans de nombreux Centres d’Aviation Maritime : Bayonne, Boulogne-sur-Mer, Brest-Camaret, Cherbourg, Dunkerque, Guernesey, La Pallice, La Penzé, Saint-Raphaël, Toulon et Tréguier. Ils sont aussi employés sur des bases méditerranéennes, notamment Alger, Bizerte et Sousse. Robuste et puissant, le Tellier 200 ch restera en service dans la Marine jusqu’en 1922.

Le Tellier-canon : tirer directement sur les sous-marins

L’hydravion devient une plateforme offensive.

En 1917, la menace sous-marine allemande demeure très forte. Le bombardement depuis un hydravion volant à environ 120 km/h reste peu précis. La Marine cherche donc une solution plus directe : installer un canon à bord d’un hydravion.

Tellier propose alors une version armée d’un canon Hotchkiss de 47 mm monté à l’avant d’un Tellier 200 ch, sur un affût mobile Voisin. La proue est renforcée pour supporter l’arme. Les essais à Saint-Raphaël valident le principe.

La Marine commande 110 exemplaires du Tellier « canon », réalisés par Dubonnet à Argenteuil en 1918. Tous sont mis en service avant l’armistice. Cette version illustre l’évolution rapide de l’aéronautique maritime : l’hydravion n’est plus seulement un appareil d’observation ou de patrouille, mais devient une plateforme offensive contre les sous-marins.

Hydravion Tellier-canon armé pour l’attaque directe des sous-marins

Le Tellier 350 ch : vers l’hydravion lourd

La Marine demande davantage de charge utile et d’autonomie.

En 1917, la Marine commande à Tellier un hydravion de patrouille et de bombardement capable d’emporter une charge utile d’une tonne. Tellier et Duhamel conçoivent alors un appareil beaucoup plus grand, de 23 mètres d’envergure, propulsé par un moteur V12 Sunbeam de 350 chevaux, ou par un Panhard & Levassor de puissance équivalente.

Ce Tellier-Sunbeam 350 ch atteint un poids maximal au décollage de 3 732 kg et emporte 1 632 kg de charge utile lors de sa réception officielle à Saint-Raphaël en juillet 1918. La Marine nationale commande aussitôt 315 exemplaires, qui doivent être construits par les Chantiers de l’Adour, Gonnet-Villocq à Cherbourg et Dubonnet.

Cependant, la fin de la guerre interrompt cette dynamique : seuls 35 exemplaires sont livrés aux unités navales avant l’armistice.

Le Tellier 400/500 ch : bimoteur anti-sous-marin

Un projet plus puissant pour la lutte anti-sous-marine.

Quelques semaines après le Tellier-Sunbeam, Tellier et Duhamel présentent un nouveau projet au STAé : un hydravion biplan bimoteur, équipé de deux moteurs Hispano-Suiza montés en tandem. Selon la motorisation, l’appareil développe 400 ou 500 chevaux.

Il reprend la voilure du Tellier-Sunbeam, mais avec une mâture en V et des ailes repliables. L’armement prévu est important : soit quatre bombes de 70 kg, soit un canon de 47 mm à l’avant. La Marine commande 90 exemplaires à la fin de 1917.

Là encore, l’armistice met fin à la production. Le Tellier 500 ch ne sera réalisé qu’à sept exemplaires non montés, livrés en caisses dans les Centres d’Aviation Maritime en 1919.

Caractéristiques du Tellier 400/500 ch

  • Envergure : 23 m
  • Surface portante : 86,50 m²
  • Longueur : 15,88 m
  • Hauteur : 4,10 m
  • Moteurs : deux Hispano-Suiza de 200 ou 250 ch
  • Poids à vide : 2 100 à 2 250 kg
  • Poids en charge : 3 300 à 3 700 kg
  • Équipage : deux ou trois hommes
  • Vitesse maximale : 130 à 140 km/h
  • Autonomie : 5 heures, soit environ 700 km
  • Armement : quatre bombes de 70 kg ou un canon de 47 mm

Ce modèle marque le passage vers l’hydravion lourd spécialisé dans la lutte anti-sous-marine.

Hydravion bimoteur Tellier 400 500 chevaux pour la lutte anti-sous-marine

Le Tellier 1 100 ch : le géant de l’aéronautique maritime française

Un trimoteur conçu pour la patrouille de haute mer.

À la fin de la guerre, le plus grand appareil volant français est un hydravion Tellier. Il s’agit d’un énorme trimoteur conçu pour répondre au programme de janvier 1918 : un patrouilleur de haute mer capable de naviguer cinq heures avec cinq hommes d’équipage.

L’appareil doit emporter un canon de 75 mm, arme considérable pour un hydravion. Cette installation pose des difficultés techniques majeures : le recul du canon atteint environ un mètre et produit un effort de trois tonnes, que la coque et l’affût doivent absorber.

Le prototype devait recevoir trois moteurs Lorraine de 380 ch, mais Tellier ne dispose d’abord que de trois Hispano-Suiza de 250 ch. Dans cette configuration, l’appareil vole pour la première fois en décembre 1918, puis poursuit ses essais sur la Seine à Levallois en janvier 1919. Les essais reprennent ensuite à Saint-Raphaël.

L’appareil vole difficilement avec ses moteurs provisoires, mais après installation de trois Lorraine de 350 ch, il donne de meilleurs résultats. Le Tellier 1 100 ch effectue ensuite des tirs au canon pendant deux ans. En avril 1920, il est présenté au meeting de Monaco, où il impressionne le public.

Caractéristiques du Tellier 1 100 ch

  • Envergure : 30 m
  • Surface portante : 156 m²
  • Longueur : 21,35 m
  • Hauteur : 5,90 m
  • Moteurs : trois Lorraine 12D de 380 ch
  • Poids à vide : 4 250 kg
  • Poids en charge : 7 500 kg
  • Équipage : quatre ou cinq hommes
  • Vitesse maximale : 125 km/h
  • Autonomie : 5 heures, soit environ 650 km
  • Armement : six bombes de 100 kg et un canon de 75 mm

Ce programme montre jusqu’où la Marine française voulait pousser l’idée de l’hydravion de combat lourd : un appareil capable de patrouiller loin, de détecter, d’attaquer et de détruire un sous-marin.

Le projet Vonna : l’hydravion transatlantique

Un dernier projet ambitieux au sortir de la guerre.

En juillet 1918, Tellier et Duhamel se lancent dans un dernier projet très ambitieux : un hydravion transatlantique. L’appareil doit transporter trois hommes d’équipage, leurs vivres, un poste radio, des instruments de navigation et environ 600 kg d’équipements.

Le Vonna aurait pesé plus de 9 tonnes à vide et 16 tonnes au décollage, avec 8 000 litres d’essence. Après la vente des chantiers Tellier à Nieuport en août 1918, quinze ingénieurs travaillent sur ce projet sous la direction de Duhamel et Tellier.

Deux appareils sont lancés en construction en 1919. Ils doivent recevoir soit quatre moteurs Sunbeam-Coatalen W18 de 450 ch, soit quatre moteurs Panhard-Levassor V12 de 350 ch.

Mais la maladie d’Alphonse Tellier, puis la mort d’Anselme Marchal en 1921, font tomber le projet dans l’oubli. Le Vonna reste cependant l’un des premiers grands projets français d’hydravion transatlantique d’après-guerre.

Bilan aéronautique

Tellier impose la coque marine dans l’aviation militaire.

Pendant la Première Guerre mondiale, Tellier passe du statut de spécialiste des coques et des flotteurs à celui de constructeur majeur de l’aéronautique maritime française. Ses hydravions répondent à une nécessité stratégique : surveiller les côtes, protéger les convois et lutter contre les sous-marins.

Le Tellier 200 ch constitue la réussite principale : solide, marin, opérationnel, il est produit en nombre significatif et reste en service jusqu’en 1922. Les versions canon, 350 ch, 400/500 ch et 1 100 ch montrent ensuite une montée en puissance rapide, orientée vers l’emport d’armes lourdes et la guerre anti-sous-marine.

Au total, 687 hydravions Tellier sont construits pendant la guerre. C’est un résultat remarquable pour un constructeur qui, quelques années plus tôt, hésitait encore à revenir dans l’aviation après l’échec financier de Juvisy.

À sa mort, Alphonse Tellier est élevé au rang d’officier de la Légion d’honneur. La citation rappelle qu’il a rendu des services majeurs à l’aéronautique maritime et à la Défense nationale, en créant de nombreux types d’hydravions au rendement particulièrement remarquable.

Son œuvre occupe donc une place importante dans l’histoire de l’aéronautique française : celle d’un ingénieur venu de la marine, qui a su transférer la science des coques rapides au monde nouveau de l’aviation militaire.

Questions fréquentes

Pour mieux comprendre les hydravions Tellier et leur époque.

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Pourquoi les hydravions étaient-ils importants pendant la Première Guerre mondiale ?

Les hydravions deviennent importants parce que la guerre sous-marine allemande oblige les marines alliées à surveiller de vastes espaces côtiers et maritimes. Ils peuvent décoller depuis l’eau, patrouiller au-dessus des côtes, repérer des sous-marins ou des navires suspects, et revenir vers une base maritime. Dans ce contexte, l’autonomie, la robustesse et la stabilité sur mer comptent autant que la vitesse.

Qu’est-ce qui rend Alphonse Tellier particulier parmi les constructeurs aéronautiques ?

Alphonse Tellier vient de la construction navale rapide et possède une vraie expérience des coques, des flotteurs et du comportement des formes marines sur l’eau. Cette culture technique est précieuse pour concevoir des hydravions militaires. Il ne pense pas seulement en constructeur d’avions, mais aussi en homme de marine, attentif à la coque, à la stabilité et à l’usage opérationnel en mer.

Quel fut le modèle Tellier le plus important ?

Le Tellier 200 ch est le modèle central de cette histoire. Il est commandé en nombre par la Marine française et sert de bombardier-patrouilleur de haute mer. Sa réussite tient à son équilibre entre puissance, autonomie, stabilité et armement. Il ne s’agit pas d’un appareil conçu pour la vitesse pure, mais d’un hydravion opérationnel, adapté à la surveillance maritime et à la lutte contre les sous-marins.

Pourquoi la production des hydravions Tellier fut-elle difficile ?

La production demande des coques, des ailes, des moteurs, des assemblages métalliques et une organisation industrielle capable de suivre les commandes militaires. En 1917, la cadence reste trop lente pour la Marine française, malgré la qualité des appareils. La licence est donc confiée à d’autres sites comme l’Arsenal de Cherbourg et les Chantiers de l’Adour afin d’accélérer la fabrication.

Quel était l’intérêt du Tellier-canon ?

Le Tellier-canon répond à une difficulté pratique : bombarder un sous-marin depuis un hydravion en vol reste imprécis. Installer un canon de 47 mm à l’avant de l’appareil permet d’imaginer une attaque plus directe. Cette version montre que l’hydravion évolue rapidement, passant d’un rôle de surveillance à celui de plateforme offensive contre les sous-marins.

Pourquoi les hydravions Tellier deviennent-ils de plus en plus grands ?

La Marine demande des appareils capables de patrouiller plus loin, de voler plus longtemps et d’emporter davantage de charge utile ou d’armement. Les modèles 350 ch, 400/500 ch et 1 100 ch montrent cette montée en puissance. L’objectif est de disposer d’hydravions de combat lourds, capables d’assurer des missions de haute mer et d’attaquer avec des bombes ou des canons plus puissants.

Quel lien peut-on faire avec la Naval Air Station Le Moutchic ?

Une base comme la Naval Air Station Le Moutchic s’inscrit dans le développement général de l’aéronautique maritime. Les hydravions Tellier permettent de comprendre les besoins de ce type de base : accueillir des appareils capables de décoller sur l’eau, assurer leur maintenance, préparer les patrouilles, gérer les équipages et soutenir la lutte maritime. Même si le texte porte sur Tellier, il éclaire l’univers technique et militaire dans lequel s’inscrivent les bases d’hydravions.

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