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Habitat landais dans les années 1930 : quartiers et maisons selon Lucas-Beyer
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Habitat landais dans les années 1930 : quartiers et maisons selon Lucas-Beyer

LACANAUOCEAN.COM / VILLE CIBLE

Le document en 10 lignes

Au début des années 1930, une jeune ethnolinguiste allemande, Lotte Lucas-Beyer, parcourt les Landes de Gascogne pour comprendre comment vivent les paysans de la forêt. Elle ne se contente ni d'admirer des façades ni de dresser un catalogue de maisons pittoresques. Elle observe la distance entre les fermes, interroge les habitants, note leurs mots en gascon, regarde où s'ouvrent les portes, comment l'on abrite les bêtes et pourquoi la cuisine commande l'organisation de la maison. Derrière les charpentes, les fossés et les auvents apparaît une société entière : des métayers, des propriétaires, des ouvriers de la forêt, des bergers, des voisins qui travaillent ensemble et des familles dont les logements n'ont ni les mêmes dimensions ni les mêmes usages.

Ce que nous lisons ici est un document à plusieurs voix et à plusieurs dates. Les observations ont été recueillies principalement pendant les séjours de 1931 et de l'hiver 1932-1933. La partie allemande consacrée à l'habitation fut publiée en 1939 ; Marcelle Richard en traduisit quatorze pages en 1940, à la demande de Pierre Toulgouat. En 2023, Jean Tucoo-Chala présente et édite cette traduction dans le Bulletin de la Société de Borda, sous le titre Les formes d'habitat dans les Landes de Gascogne, pages 403 à 428. C'est ce texte de vingt-six pages, et non les quatre-vingt-huit pages de la deuxième partie allemande ni la totalité de la thèse, que reproduit le PDF associé à cette fiche. La traduction s'arrête au début d'un développement sur la fenêtre (p. 427). Cette limite est essentielle : l'article ouvre un vaste chantier documentaire sans prétendre fournir toute l'œuvre de Lucas-Beyer.

La question qui traverse les pages est simple et profonde : que nous apprend la manière d'habiter sur l'économie et la société rurales ? Pour Lucas-Beyer, le quartier ne se réduit pas à un groupe de bâtiments et la maison ne se réduit pas à une forme de toit. L'un est un espace de relations et d'obligations, l'autre une organisation matérielle du travail, du climat et des rangs sociaux. Son étude se situe surtout dans la Grande Lande, mais elle compare régulièrement ses observations avec celles du Born, du pays de Buch, de la périphérie bordelaise, du Marsan et des marges de la Chalosse.

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Sommaire

Résumé complet

Une enquête de terrain retrouvée, traduite et publiée près d'un siècle plus tard

La présentation de Jean Tucoo-Chala explique comment cette enquête est parvenue jusqu'à nous. Étudiante à Hambourg, Lotte Lucas-Beyer séjourne dans les départements de la Gironde et des Landes durant l'été 1931, puis l'hiver 1932-1933. Le matériau recueilli ne se limite pas aux descriptions architecturales. Il associe observations sur place, photographies, questionnaires adressés aux informateurs et relevés précis du vocabulaire local. La méthode rattache les choses aux mots qui les désignent : une clôture, une petite porte ou une poutre n'ont pas seulement une forme, elles ont un nom qui peut changer d'un village à l'autre. Cette attention aux usages et aux parlers donne à l'étude sa densité ethnographique (p. 403-405).

La seconde partie allemande de la thèse, Siedlung und Haus — habitation et maison — représente à elle seule quatre-vingt-huit pages, consacrées aux formes d'habitat, à la maison d'habitation et à la cour de la maison. Pierre Toulgouat connaissait personnellement le travail de la chercheuse, avec laquelle il avait correspondu. En 1940, il demande à Marcelle Richard, enseignante à Dax, de traduire le début de cette partie. Le document dactylographié rejoint ses archives, puis le Parc naturel régional des Landes de Gascogne grâce à un don de 1978. Tucoo-Chala en donne une édition dans le Bulletin de la Société de Borda en 2023 (p. 403-405).

Une précaution de lecture s'impose. La transcription française de 1940 simplifie nécessairement les caractères spéciaux utilisés dans l'original pour noter les sons du gascon. Tucoo-Chala souligne également que l'appareil de notes de la thèse allemande n'a pas été intégralement conservé dans la traduction. La figure 1 (p. 404) confronte le texte allemand et la version française dactylographiée : elle montre matériellement ce qui peut se perdre lorsqu'on transporte une enquête linguistique d'un système de notation à un autre. Les graphies dialectales de cette fiche sont donc reproduites avec prudence, sans prétendre rétablir une phonétique perdue.

L'intérêt du texte vient aussi de son échelle. Il ne décrit pas une maison landaise imaginaire, représentative de tout le territoire. Il rapproche des exemples relevés à Sabres, Luxey, Hostens, La Teste, Parentis, Saint-Julien-en-Born, Belhade, Saucats, Roquefort, Rion, Pissos, Sanguinet, Magescq, Tartas et dans d'autres lieux. La variation géographique n'est pas un défaut de classement : elle fait partie de la réalité que Lucas-Beyer cherche à comprendre. Les notes locales et les noms des objets permettent de distinguer des solutions architecturales, des milieux et des histoires sociales différentes.

Le quartier : la véritable unité de la vie quotidienne

Au début de la traduction, Lucas-Beyer avance sa première observation : dans la Grande Lande, l'habitat rural s'organise typiquement autour du quartier. Il s'agit souvent d'un groupe de deux ou trois métairies, parfois davantage, séparé du centre communal par une distance qui peut atteindre deux à cinq kilomètres. Un quartier peut même paraître absorbé aujourd'hui par un bourg tout en conservant son nom et son identité dans les usages. La chercheuse tient à distinguer ce regroupement du « hameau » tel que le définissent des régions du nord ou de l'est de la France. Le hameau peut ressembler à un petit village pourvu d'une relative autonomie ; le quartier landais, lui, rassemble des exploitations sans se transformer en commune institutionnellement indépendante (p. 405-406).

D'où vient cette organisation ? Lucas-Beyer n'affirme pas disposer de la réponse. Elle remarque explicitement que l'origine du quartier reste obscure, que les actes et les noms de lieux auraient besoin d'être étudiés, et que l'explication qui suit ne peut être qu'hypothétique. Elle imagine une mise en exploitation tardive de terres longtemps éloignées des villages anciens. Au lieu d'installer chaque métairie isolément, un propriétaire aurait pu regrouper plusieurs familles dépendant de lui, afin de surveiller son domaine plus aisément tout en évitant de laisser des travailleurs seuls dans de grands espaces. Une famille de propriétaires aurait aussi pu se diviser progressivement en plusieurs maisons voisines. Ce sont des scénarios de formation, non des actes fonciers datés apportant la preuve qu'un même propriétaire aurait fondé chaque quartier (p. 405-406).

La suite éclaire la fonction du quartier avec beaucoup plus de certitude, parce qu'elle s'appuie sur les pratiques observées ou rapportées. Le bourg réunit la mairie, l'église, l'école, le presbytère, les artisans et les démarches officielles ; le quartier organise la proximité. On peut aller au bourg pour traiter une affaire, mais les relations ordinaires, les obligations et une bonne part de la vie sociale restent nouées autour des fermes voisines. La formule selon laquelle le paysan est « enraciné au quartier » (p. 407) résume ce décalage entre le territoire administratif et le territoire vécu. Elle évite de prendre le plan de la commune pour la carte exacte de la société rurale.

Battre, tondre, se rendre service : l'entraide n'est pas un simple supplément

Les scènes de travail collectif comptent parmi les plus belles pages du document. Lorsque les membres d'une famille ne suffisent pas pour le battage ou la tonte des moutons, les voisins viennent prêter main-forte. Il ne s'agit pas d'un service salarié. L'aide reçue aujourd'hui crée l'attente d'une aide future. Lucas-Beyer relève la formule gasconne énta presta ajude et l'organisation des travaux aoustournats, à tour de rôle (p. 407). Ces mots ne désignent pas seulement une générosité individuelle : ils décrivent une règle sociale pratique, une réciprocité suffisamment forte pour être attendue de tous.

Celui qui reçoit les travailleurs doit les nourrir. Lorsque l'hôte est métayer, le propriétaire peut contribuer en fournissant un mouton pour le repas commun. Ce détail mérite qu'on s'y arrête. Il montre que les tâches agricoles dépassent la force de travail domestique, que le voisinage constitue une ressource nécessaire et que le propriétaire intervient dans cette économie de l'entraide. Mais la chercheuse ne présente pas cette participation comme l'effacement des différences sociales. Elle décrit un système où des obligations réciproques coexistent avec des statuts inégaux (p. 407).

Le quartier déborde même les frontières de la famille dans des moments essentiels. Lucas-Beyer rapporte que, lorsqu'il y a un décès, le quartier prend en charge les formalités, plutôt que de les laisser à la seule parenté. Elle ajoute qu'autrefois les quartiers déléguaient un jurat auprès de la municipalité. La portée historique de ce souvenir reste à documenter par des actes précis, mais le fait que la chercheuse le rapporte est significatif : le quartier apparaît comme un groupe reconnu et capable de représentation. Le texte déploie ainsi une vision de la communauté plus dense qu'une série de maisons alignées sur un cadastre (p. 407).

L'ouvrage fait entrevoir le travail féminin à l'intérieur de cette communauté : Lucas-Beyer mentionne expressément les petits services que les hommes et les femmes se rendent au quotidien. Elle ne donne cependant pas, dans ces pages traduites, une enquête séparée sur le travail des femmes. Il serait donc abusif de transformer cette remarque en bilan complet de leur place dans l'économie landaise. La recherche permet néanmoins de voir que la vie collective ne se réduit pas aux seuls contrats passés entre propriétaires et travailleurs masculins.

Un habitat sans place centrale : comment se dessine un quartier

L'examen du sol confirme cette organisation sociale. Le quartier ne comporte pas nécessairement une place ou un centre fixe où convergerait toute l'activité. Les métairies regardent plutôt leurs propres champs et leurs propres bois. Le centre des relations se déplace de ferme en ferme selon les circonstances, tandis que chaque exploitation dispose généralement de son puits. L'orientation des bâtiments suit une logique largement est-ouest, mais leur position relative dépend aussi de la nature du terrain, des besoins agricoles et de l'existence de zones humides (p. 407).

Dans les secteurs marécageux, il faut resserrer les habitations sur une ondulation du sol suffisamment sèche. Là où cette contrainte disparaît, les fermes peuvent s'éloigner davantage et occuper l'espace de manière plus ouverte. Les limites entre exploitations prennent diverses formes : haies, talus, fossés, chemins ou servitudes. Lucas-Beyer note un usage particulièrement parlant à La Teste : au lieu de creuser un fossé entre certaines exploitations, on laisse sur la limite des pins non gemmés, plus grands et plus vigoureux que leurs voisins exploités pour la résine (p. 407). Un arbre devient ainsi un repère foncier, visible précisément parce qu'il échappe au travail qui marque les arbres alentour.

La longue nomenclature de la page 408 complète ce tableau. On y rencontre des mots pour le quartier, la haie d'aubépine, la ronce, le talus, la limite, la borne, le ruisseau de séparation, la dune, le marécage, le mauvais chemin, le fossé et la rigole de drainage. Chaque terme, souvent accompagné du village où il a été recueilli, relie la langue à l'aménagement quotidien du territoire. On voit que la propriété et l'usage du sol ne se lisent pas seulement sur des plans : ils se lisent dans les haies, dans les différences de niveau et jusque dans la manière de nommer les séparations.

La métairie « en tas » : une ferme ouverte plutôt qu'un bâtiment unique

La description de la métairie constitue un changement d'échelle. Après le quartier, Lucas-Beyer entre dans la ferme elle-même. Dans la Grande Lande, elle rencontre ce qu'elle appelle la maison « en tas » : non pas un grand édifice réunissant sous un toit tous les habitants, les bêtes, la récolte et les outils, mais un ensemble de constructions distinctes, distribuées assez librement autour d'une cour plus ou moins régulière. Maison habitée, granges et étables ne forment pas nécessairement une composition fermée ni symétrique. L'architecture s'étale, avec des passages entre les bâtiments (p. 409).

Les dimensions données par la chercheuse donnent une idée très concrète de cette dispersion. Les annexes peuvent couvrir environ 300 mètres carrés d'emplacement et être séparées par des intervalles de quatre, six ou huit mètres, parfois davantage. La métairie Dubourg, près du bourg de Sabres, occupe selon elle environ cent mètres d'est en ouest sur trente mètres du nord au sud. Il faut respecter la différence entre ces deux indications : les 300 mètres carrés concernent l'étalement évoqué pour des bâtiments annexes ; les cent mètres sur trente décrivent l'emprise beaucoup plus vaste d'une ferme précisément citée (p. 409).

La comparaison géographique évite de figer ce modèle. Vers Roquefort et les marges de la Chalosse, les bâtiments se rapprochent et s'organisent autour d'une cour plus serrée. En avançant vers Bazas, la cour peut devenir plus fermée. Lucas-Beyer relie ce mouvement à une agriculture qui prend davantage d'importance par rapport à l'exploitation forestière : lorsqu'il faut entretenir un espace cultivé et tirer parti du fumier, il devient utile de rapprocher les étables, de concentrer les déjections et de mieux organiser la cour. Dans la région de Roquefort, elle mentionne la pargéi ou pargéiroè, cour réservée notamment aux étables et à la fermentation du fumier (p. 409). Ce n'est pas une évolution unique et uniforme : c'est une série de transitions entre territoires et systèmes de production.

L'airial : chênes, chemins, bois de chauffage et signes de propriété

Autour des bâtiments, la cour n'est pas forcément enfermée derrière un mur. Lucas-Beyer précise que les rares clôtures de l'airial visent souvent à retenir le gros bétail plutôt qu'à fermer totalement la propriété. Elle remarque aussi que l'éloignement des bâtiments d'exploitation maintient une certaine propreté autour de l'habitation. Cette observation témoigne de son intérêt pour les usages pratiques de l'espace ; elle doit être lue comme un propos recueilli en 1931-1933, non comme une caractéristique immuable des habitants (p. 410).

Le sol autour des bâtiments porte de l'herbe, parfois des pins et, fréquemment, des chênes. Ceux-ci remplissent plusieurs fonctions à la fois. Ils donnent de l'ombre à la maison, fournissent du bois de chauffage, produisent des glands pour les porcs et des feuilles parfois utilisées pour la fumure. Lucas-Beyer observe que ces feuilles sont aussi souvent réunies en tas pendant l'hiver avant d'être brûlées. Aucun de ces éléments n'est purement décoratif. Même un arbre apprécié pour son ombre appartient à un système de ressources et de gestes familiers (p. 410).

Un détail particulièrement révélateur retient son attention : la présence d'un pin franc près de la maison peut signaler qu'un propriétaire libre, désigné par le terme capcazalier, habite ou a habité là. L'arbre n'est donc plus seulement une source de bois ou de résine. Il peut aussi être un indice du statut de l'occupant. Cette observation est à rapprocher du pin non gemmé utilisé comme limite à La Teste, mais il faut garder les deux usages distincts : dans un cas l'arbre délimite une exploitation ; dans l'autre il contribue à lire une ancienne condition sociale (p. 407, 410).

La même précision caractérise le vocabulaire. Le terrain qui entoure la ferme est nommé eriau à Luxey, Rion, Hostens et Sabres ; erial à Labouheyre ; iriau à Tartas. La comparaison avec des formes recueillies dans le Gers ou le Béarn et la mention de pradeu à Sanguinet montrent que la désignation de l'airial n'est pas partout identique. Le texte fournit ainsi une archive linguistique de la cour rurale, de ses arbres, de ses limites et de ses équipements (p. 410-411).

La maison landaise : une architecture née du climat et des matériaux disponibles

Dans la seconde grande section, Lucas-Beyer passe de la disposition générale des fermes à la maison habitée. Elle cherche une structure commune derrière des formes très diverses. Sa proposition est qu'il existe dans la Grande Lande un modèle fondamental : une construction à colombage posée sur des fondations adaptées au sol, un toit de faible pente couvert de tuiles creuses, une orientation protectrice vers l'est, une cuisine centrale donnant accès aux autres pièces et, généralement, une séparation entre habitation et bâtiments d'exploitation (p. 413).

Ce portrait repose sur une explication matérielle. La pierre est rare ; les routes et le niveau de richesse rendent autrefois difficile l'acheminement de matériaux lointains. La forêt fournit le bois nécessaire à l'ossature. Les intervalles sont remplis de torchis ou de briques, selon les ressources locales. Le sol sableux et les nappes d'eau proches de la surface obligent à soigner les fondations. Lucas-Beyer indique que certaines constructions font usage d'une pierre ferrugineuse locale, l'alios, mais qu'elle n'est disponible ou utilisée que dans des conditions déterminées (p. 413-414).

Les vents et les longues pluies expliquent, dans son analyse, la silhouette basse de la maison. Vers l'ouest, le toit peut descendre très près du sol : jusqu'à un mètre ou un mètre cinquante dans les exemples qu'elle rapporte. La façade s'ouvre plus volontiers du côté est. Elle écrit que l'habitation « se tapit contre les ouragans venus de l'ouest » (p. 414). L'image est expressive, mais elle condense une observation technique : l'orientation des ouvertures, les pentes du toit et le choix des matériaux rendent le bâtiment habitable dans son milieu.

La chercheuse met en garde contre les rapprochements hâtifs. Une maison basque peut présenter des ressemblances extérieures avec une maison landaise, notamment par le colombage ou l'inégalité des pans de toiture. Cela ne suffit pas à établir une identité de structure. La répartition des pièces et leur rapport au travail agricole peuvent être fort différents. Reprenant la démarche de géographes de l'habitat rural, Lucas-Beyer veut comprendre la maison à partir de sa fonction économique et de son organisation intérieure plutôt qu'à partir du seul dessin des façades (p. 413).

La cuisine : le cœur de la maison et de la vie commune

Le trait qui rassemble les habitations observées est la prééminence de la cuisine. L'entrée principale y débouche directement, sans passage obligatoire par un corridor. Les chambres s'ordonnent autour d'elle. Lucas-Beyer rapporte que des personnes âgées se souvenaient d'une époque où les lits se trouvaient encore contre les murs d'une cuisine immense, avant la généralisation des chambres séparées. Elle en déduit l'hypothèse d'une maison très ancienne formée d'une seule pièce, puis agrandie et subdivisée (p. 414). Le témoignage oral atteste ici un souvenir ; la reconstitution d'un stade originel reste une interprétation de la chercheuse.

Même lorsque la maison comporte plusieurs pièces, la cuisine ne devient pas un simple vestibule. On y prépare les repas et l'on y vit. Dans certaines maisons de propriétaires, une salle supplémentaire est réservée aux occasions particulières, mais cette salle ne remplace pas le rôle de la cuisine. Les anciennes maisons, souvent de plain-pied, ont parfois longtemps conservé le grain dans des coffres ou des espaces annexes plutôt que dans un vaste grenier organisé. Lorsqu'un grenier existe, il peut être desservi par une échelle ou un escalier placé sous l'auvent, solution qui révèle selon Lucas-Beyer une addition relativement tardive (p. 414-415).

L'aménagement de la cheminée fournit un autre détail précieux. Dans les grandes maisons à façade sous pignon, la cuisine mesure parfois trente à quarante mètres carrés, mais la cheminée n'est pas une pièce secondaire avec de larges bancs permettant à plusieurs personnes de s'installer à l'intérieur de son manteau. Elle demeure avant tout un foyer pour chauffer et cuisiner. Les poutres nues du plafond portent les accessoires d'un quotidien rural : une perche près de la cheminée sert notamment à suspendre les saucisses. À l'ouest, une souillarde peut accueillir des objets et un évier ; au grenier, on garde les épis de maïs et l'égrenoir (p. 418).

Ces observations rendent sensibles des fonctions souvent effacées lorsqu'une maison ancienne est seulement présentée comme une façade à préserver. L'espace habité organise la cuisson, la conservation, le repos, le rangement et le travail des produits récoltés. Il doit servir à une famille avant de répondre à une conception savante du style architectural.

Cinq façons d'habiter : des maisons apparentées, mais non identiques

Lucas-Beyer distingue plusieurs formes à partir de ce schéma général. La plus répandue est la maison à façade sous pignon, que l'on retrouve, selon elle, d'Hostens à Tartas et de la côte à Luxey. Sa toiture, généralement à trois pans, présente son pignon vers l'est. La cuisine occupe le milieu et donne sur les chambres, réparties de part et d'autre, avec parfois une souillarde ou une petite pièce à évier à l'arrière. Les fenêtres tournées vers l'ouest sont limitées pour se protéger de la pluie ; les autres ouvrent sur les orientations mieux abritées. La figure 3 reproduit des plans de maisons et la figure 4 plusieurs configurations d'auvents (p. 416-417).

La seconde forme place sa façade sous la pente du toit. Elle est souvent plus basse et plus petite, avec un pan occidental très incliné. Les greniers y sont rares. À Saucats, Lucas-Beyer l'observe notamment dans les habitations de résiniers et note que plusieurs comportent deux logements. Dans ces maisons, la cuisine n'est pas nécessairement au centre exact du bâtiment ; elle occupe plutôt le sud, tandis que les chambres se distribuent au nord et à l'ouest. L'autrice suppose que l'agrandissement de la partie ouest peut répondre autant à la protection contre le mauvais temps qu'à la nécessité de loger une famille devenue plus nombreuse (p. 418-419).

Vient ensuite la maison carrée, également appelée « maison caisse ». Elle est petite, basse, pourvue d'un toit à quatre pans, avec environ neuf à dix mètres de longueur de mur et seulement deux à deux mètres cinquante de hauteur dans les exemples mentionnés. L'entrée, à l'est, ouvre encore dans la cuisine. Une ou deux chambres, un débarras et parfois un grenier complètent le logement. Une treille peut couvrir la façade. La maison carrée avec appentis correspond à une adaptation de ce volume : à l'ouest, le toit se brise pour couvrir des chambres supplémentaires, un débarras et, dans certains secteurs, une étable (p. 419). Le mot kustei désigne cette partie basse, ajoutée sous la pente.

Les cabanes forment enfin un ensemble à part. Elles répondent aux déplacements imposés par le travail plutôt qu'à la vie sédentaire dans le quartier. La chercheuse évoque les bûcherons, les résiniers et les bergers éloignés des villages. À La Teste, elle décrit une petite cabane en bois, couverte de tuiles creuses, d'environ huit mètres sur quatre et deux mètres de hauteur. Elle comporte deux pièces, cuisine et chambre, ainsi que des meubles, puisque le résinier peut partir travailler avec sa famille et rester absent du lundi au samedi soir. Vers Trensacq, certaines cabanes de berger comportent une pièce unique avec lit, table, cheminée et provision (p. 419-420). Le détail du logement temporaire révèle le rythme de la semaine autant qu'un type de construction.

Lucas-Beyer refuse explicitement d'assigner une frontière géographique rigide à chacune de ces formes. Les types se rencontrent dans plusieurs secteurs, mêlés à d'autres. Les variantes ne sont pas les signes d'une architecture locale parfaitement uniforme : elles sont des réponses différentes à des contraintes de climat, de main-d'œuvre, de fonction, d'agrandissement familial et de statut social (p. 415, 418-420).

L'auvent : entre protection, travail quotidien et ornement

L'auvent mérite presque un chapitre à lui seul. Il avance sous le pignon, dans le prolongement de la charpente, devant la cuisine. Lucas-Beyer y voit d'abord un abri contre la pluie. Lorsque les deux pièces latérales s'allongent également vers l'avant, elles dessinent un espace protégé sur trois côtés, sorte d'antichambre extérieure avant la porte du logis. Une petite balustrade ou un muret peut en marquer le bord ; son sol est de terre battue ou de carreaux de briques (p. 416-417).

Mais la fonction de l'auvent ne s'arrête pas à la pluie. On y bat les haricots, on y égrène le maïs, on y suspend les chapeaux de soleil et les vêtements du paysan ou du résinier. C'est un espace de travail, de rangement et de passage, ni tout à fait dans la maison ni complètement dehors. La description a une force particulière parce qu'elle rapporte de petits gestes quotidiens que les plans d'architecte rendent rarement visibles. Si l'on veut comprendre la vie de cette maison, il faut regarder ce qui se fait sous la toiture plutôt que seulement la forme qu'elle découpe sur le ciel (p. 417).

Lucas-Beyer ne nie pas la recherche de beauté. Elle la situe avec précision : dans certains détails de la charpente de l'auvent, où l'habileté du constructeur devient aussi ornement. La maison du quartier de Haza, près de Marquèze, offre à ses yeux un exemple remarquable. Jean Tucoo-Chala rapproche ce passage d'une vue figurant dans les dessins tirés des photographies de la chercheuse. La figure 4 (p. 417) représente notamment Marquèze, le Marsanot à Sabres, Commensacq et Belhade. L'ornement ne remplace pas la fonction : il s'y inscrit.

Sur les marges septentrionales, du côté d'Hostens, de Saint-Magne et de Saint-Symphorien, l'article décrit aussi une prolongation ouverte du toit soutenue par des poteaux. Elle ressemble davantage à une véranda et sert souvent au dépôt d'outils qu'aux travaux domestiques. Une propriétaire rapporte que son mari avait lui-même construit cette annexe. Lucas-Beyer envisage ici une influence venue de la Gironde, mais formule cette interprétation comme une possibilité. Elle distingue les faits observés, le récit de l'habitante et l'explication qu'elle propose (p. 423).

Une architecture qui distingue propriétaires, métayers et travailleurs

L'une des sections les plus importantes pour l'histoire sociale est intitulée « Structure de la maison et condition sociale ». Lucas-Beyer y affirme que les anciennes dimensions et dispositions des logements rendent lisible l'organisation du monde rural. La grande maison à façade sous pignon appartient traditionnellement, selon son interprétation, au propriétaire rural. Les logements de métayers, de résiniers ou de bûcherons sont plus petits, souvent de type carré ou sous pente de toit. Le propriétaire a besoin de place pour sa famille mais aussi pour entreposer les redevances des métairies qui lui reviennent ; le travailleur dispose d'un logis plus modeste (p. 420).

Elle insiste sur le fait que cette correspondance n'est plus parfaite au moment de l'enquête. Certains propriétaires se sont installés au bourg ou ont fait construire une maison plus récente. Ils ont laissé la grande maison ancienne à leurs métayers, dont les attentes matérielles ont changé. Il serait donc trompeur, devant une ferme photographiée en 1933, de déduire automatiquement la condition de ses habitants de sa seule façade. La forme bâtie conserve des traces d'une hiérarchie antérieure sans toujours reproduire exactement la hiérarchie du présent (p. 420).

Le cas des maisons pour deux familles rend cette hiérarchie presque tangible. Un propriétaire peut avoir réservé une partie de sa maison à un métayer qui l'aide à administrer la propriété. De même, un métayer disposant d'un attelage, appelé burdelei à Luxey, peut faire travailler un homme plus démuni, le brasei ou brassier. Le second logement, souvent plus petit, possède sa cuisine et une ou deux chambres. Les deux cheminées peuvent partager le même conduit, mais l'accès au grenier est réservé à l'appartement principal. Il existe des circulations entre les deux logements tout en conservant des accès séparés. L'espace construit matérialise la proximité du travail et la séparation des positions sociales (p. 420-421).

À Roquefort, la chercheuse connaît aussi une maison double conçue pour deux métayers de condition semblable. Cette exception la conduit à distinguer ce type de maison des ensembles où les volumes inégaux expriment les rapports entre propriétaire et dépendant. Elle donne la dénomination locale meizun a dus damuransoes (p. 421). Ici encore, il ne faut pas lire la maison comme une simple silhouette : sa répartition interne renseigne sur les habitants, leurs moyens, leurs travaux et leurs relations.

Le vocabulaire de l'ouvrage appelle une précaution : « métairie », « métayer », « propriétaire », « brassier » et « ouvrier résinier » ne sont pas interchangeables. Lucas-Beyer les emploie pour distinguer des situations vécues, parfois réunies dans une même exploitation. Le texte de 2023 ne publie cependant pas les développements complets de la thèse sur les baux, les revenus et les contrats de travail. Pour documenter ces derniers, il faut consulter la partie économique éditée séparément, et non inventer ici des clauses absentes de l'article.

Une maison se construit : colombages, fondations, torchis et chevilles

La description des structures est si détaillée qu'elle permet d'imaginer le chantier. Lucas-Beyer commence par les grosses pièces de bois verticales, parfois fichées dans le terrain, les montants et les poteaux d'angle. Elle suit les traverses horizontales, les soutiens obliques, les poutres qui portent le plafond, les petits bois formant la trame des murs. Les vides sont remplis de briques ou de torchis. Dans les maisons anciennes, la paille est fixée aux montants et reçoit une couverture de terre argileuse. L'autrice rappelle même un mélange de terre et de bouse de vache vanté pour sa résistance (p. 421-422).

Les noms techniques changent d'une commune à l'autre. Les gros bois, les solives, les chevrons, les tenons, les mortaises, le torchis et l'argile sont désignés en gascon par un ensemble serré de termes que la traduction cherche à conserver. Les expressions ne forment pas une collection folklorique sans rapport avec l'objet : elles accompagnent les étapes de fabrication de la maison et désignent des pièces effectivement mises en œuvre. Dans une région où les maisons rurales anciennes apparaissent parfois comme de simples volumes blanchis, elles permettent de restituer la précision du travail des bâtisseurs.

La partie sur la toiture donne les noms du faîtage, de l'entrait, des arbalétriers, des pannes, des chevrons, des lattes et des tuiles. Lucas-Beyer distingue les toits à deux, trois ou quatre pans, généralement peu pentus, et évoque des couvertures de chaume qui auraient été autrefois plus fréquentes, notamment sur les maisons de métayers. Au moment de l'enquête, les chaumes concernent surtout certaines annexes agricoles. La restitution de cette évolution demeure prudente : elle ne fournit pas un recensement daté des matériaux commune par commune (p. 424-425).

L'image matérielle est très éloignée d'une maison décorative fabriquée pour les visiteurs. Les poutres ne servent pas d'abord à faire « ancien », elles tiennent la couverture. Le torchis ne constitue pas une texture destinée à suggérer une tradition : il ferme les murs. Les différences entre tuiles, chaume, brique et alios répondent aux possibilités d'approvisionnement et à la fonction des espaces. C'est cette logique constructive, plus que la répétition des ornements, qui caractérise la maison décrite par Lucas-Beyer.

Les portes : une histoire du seuil, des animaux et des outils

La dernière section développée de la traduction porte sur les portes. Elle est d'une richesse étonnante. Dans les vieilles maisons, la porte principale est fréquemment composée d'un battant de planches assez simple, fixé par des gonds et peu décoré. Les vitrages protégés d'un rideau apparaissent surtout dans des constructions plus récentes. On entre sans corridor directement dans la cuisine ; devant le passage, un carré de briques permet de nettoyer la boue et de déposer les sabots. Il n'y a pas toujours un seuil construit au sens où l'entendrait un visiteur habitué aux habitations urbaines (p. 425-426).

Pour laisser la porte ouverte sans permettre à la volaille d'entrer, on dispose parfois une petite fermeture à claire-voie, une sorte de barrière intérieure ou extérieure à mi-hauteur. Là où l'auvent est fermé par un muret ou une balustrade, le dispositif peut devenir inutile. La disposition d'une entrée dépend ainsi simultanément du climat, de la circulation des habitants, des animaux domestiques et des travaux de ménage (p. 426).

Les portes des étables et des granges répondent à d'autres nécessités. Lucas-Beyer rapporte une fermeture de bergerie composée de planches verticales amovibles. En retirant seulement deux ou trois éléments, le berger obtient une ouverture par laquelle les moutons doivent passer un à un. Il peut ainsi les compter plus facilement, alors qu'une grande porte ouverte ferait sortir le troupeau d'un seul mouvement. Ce détail de technique ordinaire vaut presque une démonstration : une fermeture n'est pas nécessairement conçue seulement pour enfermer ; elle peut servir à organiser et à vérifier le mouvement des bêtes (p. 426).

Le texte énumère ensuite loquets, crochets, verrous, gonds, anneaux, poignées, clés, serrures et manières d'entrouvrir ou de fermer. À Tartas, il mentionne un mécanisme ingénieux actionné par une ficelle traversant la porte et soulevant de l'extérieur une barre intérieure (p. 427). La traduction s'interrompt précisément après l'intitulé « 6. La fenêtre ». Nous ne disposons donc pas, dans ce PDF, de la section qu'annonçait ce titre ; aucune description générale des fenêtres ne peut être attribuée à cet extrait au-delà des indications disséminées dans les pages précédentes.

Lire quatre figures pour comprendre l'enquête

Le Bulletin de la Société de Borda reproduit quatre figures qui prolongent utilement le texte. La figure 1, page 404, juxtapose l'original allemand de 1939 et la traduction française de 1940, ce qui rend visible la difficulté de transcrire fidèlement les notations phonétiques. La figure 2, page 412, présente plusieurs types de maisons à partir de dessins établis par R. Schütt d'après les photographies de Lotte Lucas-Beyer. La figure 3, page 416, propose des plans permettant de comparer les dispositions des logements. La figure 4, page 417, rassemble les types d'auvents photographiés ou décrits à Marquèze, au Marsanot de Sabres, à Commensacq et à Belhade.

Ces planches montrent pourquoi une fiche de lecture ne peut remplacer entièrement le document. Le texte explique les usages et les différences, tandis que les dessins permettent de voir la distribution des volumes, la forme des toitures et la place des avancées. Il ne s'agit pas d'illustrations génériques ajoutées longtemps après pour faire joli : elles prolongent un travail d'observation effectué sur le terrain dans les années 1930 et retravaillé dans une édition scientifique. Les figures restent consultables dans le PDF original, conservé sans modification dans ce pack.

Les lieux qui traversent le texte : une géographie d'observations, non une carte uniforme

Sabres apparaît à plusieurs reprises comme un lieu privilégié de description : métairie Dubourg, formes des maisons, auvents, voisinage de Marquèze, quartier de Haza. La Teste apporte des usages différents, notamment les pins non gemmés servant de limite entre certaines exploitations, les cabanes de bois et la mention particulière de droits forestiers permettant l'accès au bois de construction et de chauffage. Hostens, Saint-Magne et Saint-Symphorien apparaissent dans la description d'auvents ouverts et de vérandas ; Saucats dans celle de logements de résiniers parfois doubles ; Parentis dans le vocabulaire des appentis et des limites ; Roquefort dans les transitions vers des cours plus resserrées et les maisons doubles ; Luxey, Labouheyre, Rion, Pissos ou Saint-Julien-en-Born dans le relevé patient des termes d'architecture et des objets quotidiens.

Le lecteur intéressé par Lacanau, Carcans, Hourtin, Le Porge, Lège ou Sainte-Hélène doit éviter un glissement : ces pages ne présentent pas une monographie de ces six communes. Elles décrivent une aire d'enquête plus large et autorisent des comparaisons de pratiques ou de formes, mais elles ne fournissent pas automatiquement la preuve que chaque exemple observé à Sabres, La Teste ou Hostens se retrouve à Lacanau. La localisation de chaque fait doit être respectée. C'est même l'une des grandes forces de Lucas-Beyer : elle rapporte constamment les mots et les usages aux lieux où elle les a relevés.

Les idées fortes

1. La communauté rurale ne se confond pas avec la commune

Le quartier est l'espace où se règlent les relations d'entraide, certains devoirs collectifs et une grande partie de la vie quotidienne. La commune concentre les institutions, mais n'épuise pas les appartenances locales. Les exemples du battage à plusieurs familles, de la tonte et de l'organisation des décès concrétisent cette distinction (p. 405-407).

2. L'entraide s'organise selon des obligations reconnues

La réciprocité des travaux exécutés à tour de rôle, l'absence de salaire entre voisins et le devoir de nourrir les travailleurs montrent des règles pratiques de coopération. Ces usages ne démontrent ni l'absence de hiérarchie ni l'égalité de richesse. Ils font voir comment une communauté peut fonctionner au quotidien avec des droits, des dettes d'aide et des statuts différents (p. 407).

3. Les limites foncières se voient dans le paysage

Haies, levées, fossés, chemins et pins non gemmés rendent les séparations matérielles. Le cas précisément localisé à La Teste est remarquable : l'état de l'arbre signale sa fonction de limite. De même, un pin franc voisin du logis peut témoigner d'une ancienne présence de propriétaire libre (p. 407-410).

4. La forme des fermes dépend des travaux agricoles et forestiers

Les métairies dispersées de la Grande Lande et les cours plus resserrées vers Roquefort ou Bazas sont mises en relation avec l'importance respective de l'exploitation forestière, de l'agriculture et de la collecte du fumier. L'architecture est décrite par rapport à des usages économiques, sans réduire toutes les différences à la seule influence d'un style régional (p. 409-410).

5. Le climat s'inscrit dans les toits et les ouvertures

Faible pente des toitures, pans occidentaux très bas, façades orientées vers l'est, constructions en bois et torchis : l'habitation répond aux vents, à la pluie, au sable et à la disponibilité des matériaux. Ces observations s'accompagnent de descriptions concrètes, mais les explications de l'autrice restent celles de son enquête des années 1930 (p. 413-418).

6. Les maisons gardent la mémoire des rapports sociaux

Grandes habitations de propriétaires, logements plus modestes de métayers et résiniers, maisons doubles comprenant un appartement principal et un logement de brassier : les pièces, les accès et les réserves peuvent traduire les inégalités entre habitants. L'autrice souligne cependant que les changements de résidence des propriétaires rendent cette lecture moins directe dès les années 1930 (p. 420-421).

7. Les usages quotidiens expliquent des détails apparemment insignifiants

L'auvent sert à battre les haricots, égrener le maïs ou suspendre les vêtements. Une petite porte empêche la volaille d'entrer ; une fermeture de bergerie oblige les moutons à sortir un par un afin de les compter. Cette précision fait apparaître une architecture conçue autour des gestes, des tâches et des rythmes de travail (p. 416-417, 425-427).

8. Les mots gascons sont des documents sur les choses

En relevant les variantes d'un nom de cour, de fossé, de solive, de grenier, de porte ou de serrure, Lucas-Beyer conserve simultanément des faits de langue et des pratiques matérielles. L'édition de Tucoo-Chala restitue ce savoir tout en signalant les limites phonétiques de la traduction dactylographiée de 1940 (p. 403-404, 408, 410-411, 421-428).

Les principaux chiffres

Les données numériques de l'article décrivent surtout des dimensions et des ordres de grandeur observés, non une enquête statistique exhaustive sur toutes les maisons landaises.

DonnéeValeur ou périodeContextePage imprimée
Séjours d'enquêteÉté 1931 et hiver 1932-1933Relevés de Lotte Lucas-Beyer dans les Landes et en Gironde403
Publication de la partie allemande sur l'habitat1939Deuxième partie de la thèse403-404
Traduction demandée par Pierre Toulgouat1940Quatorze premières pages de la partie sur l'habitat403
Partie allemande « habitation et maison »88 pagesEnsemble dont seul le début est traduit et publié ici403
Quartier typiqueDeux ou trois métairies, parfois davantageGroupement de fermes405
Éloignement de certains quartiersJusqu'à 2 à 5 kmDistance du bourg mentionnée dans le texte405
Emplacement d'annexesPeut atteindre environ 300 m²Dispersion des bâtiments secondaires409
Espacement de bâtiments4, 6, 8 m et parfois plusExemple de la ferme ouverte409
Métairie Dubourg près de SabresEnviron 100 m × 30 mEmprise horizontale du site décrit409
Abaissement de certaines toituresJusqu'à 1 à 1,50 m du solProtection du côté exposé à l'ouest414
Superficie de certaines cuisines30 à 40 m²Grandes maisons à façade sous pignon418
Petite maison carréeMur d'environ 9 à 10 m ; hauteur de 2 à 2,50 mExemple de type de logement419
Cabane de travail à La TesteEnviron 8 m × 4 m × 2 mPetit logement de travail à deux pièces419-420
Semaine évoquée pour certains résiniersDu lundi au samedi soirÉloignement du domicile ordinaire et présence familiale420
Tableau documentaire de 202326 pages, p. 403-428Article de Tucoo-Chala avec traduction partielle et quatre figures403-428

Vocabulaire des Landes : des mots pour habiter et travailler

Le vocabulaire ci-dessous provient des formes relevées dans la traduction de Lucas-Beyer. Les graphies sont celles de cette édition, parfois approximatives en raison des limites matérielles de la transcription de 1940. Elles ne doivent pas être prises pour une orthographe gasconne normalisée actuelle.

Quartier, parcelles et paysage

Kartié est la forme locale du mot quartier, groupement de métairies doté de fortes relations de voisinage (p. 405-406). Énta presta ajude se rapporte à l'aide prêtée entre voisins, sans paiement immédiat, tandis que aoustournats désigne le tour de rôle des grands travaux agricoles (p. 407). Barat, selon les localités et contextes relevés, peut évoquer une haie, un talus, un fossé ou une limite ; la même forme ne se laisse pas ramener sans précaution à une seule fonction partout (p. 408). Krastoè désigne dans certains relevés la tranchée ou le fossé ; des termes plus spécifiques servent aux fossés de drainage (p. 408-409). Pin franc, employé dans le commentaire français, désigne un arbre non soumis à certaines exploitations ; la présence de cet arbre près d'une maison est interprétée comme un signe de propriétaire libre, capcazalier (p. 410).

Métairie, cour et habitations

Eriau, erial ou iriau désignent, selon les communes, l'espace autour de la ferme et de ses dépendances, notion proche de l'airial (p. 410). Pargéiroè désigne une cour particulière, notamment celle où les étables et le fumier sont rassemblés vers Roquefort (p. 409). Meizun est l'un des mots donnés pour maison ; ustou, rencontré à Luxey, est relevé notamment dans le sens de « chez nous », plutôt que comme désignation générale du bâtiment (p. 420). Kustei désigne un appentis ou la partie basse aménagée sous un pan de toiture, en particulier à l'ouest (p. 419, 423). Oestalet ou oestaloet renvoient à certains abris ou petites habitations de berger autour de Sabres et Trensacq (p. 420).

Statuts sociaux et travail

Burdelei, relevé à Luxey, désigne le métayer qui dispose d'un attelage ; brasei, rapproché du mot brassier, renvoie à un travailleur plus démuni qui peut dépendre de son aide (p. 420). Meizun a dus damuransoes désigne à Roquefort une maison organisée pour deux familles de même condition, situation que Lucas-Beyer distingue des logements doubles hiérarchisés (p. 421).

Construction et vie domestique

Sarpantoé désigne la charpente ; torsis le torchis ; muntans les grandes pièces verticales de la construction dans certains relevés (p. 421-422). Sulei ou sulé désignent le grenier selon les communes (p. 423). Oubansei, estantadoè, umban ou imban font partie des mots locaux relevés pour l'auvent (p. 423). Touloè et ses variantes locales désignent les tuiles (p. 424-425). Portoè désigne ordinairement la porte ; sula, le petit espace pavé devant celle-ci dans certains villages ; siskloet, sisklet, flisket ou friskoet correspondent à des variantes locales du loquet ; barul et sarul sont des formes du mot verrou (p. 425-427). Ces variations ont une valeur documentaire seulement lorsqu'on conserve avec elles la localité et le contexte de la récolte.

Conclusion de l'autrice et portée du document

L'extrait français publié en 2023 n'offre pas de conclusion générale de Lotte Lucas-Beyer : il s'arrête immédiatement après le titre « 6. La fenêtre », au milieu du programme de description de l'habitation (p. 427). Il serait donc infidèle de rédiger à sa place une conclusion définitive sur toute la maison landaise. On peut néanmoins restituer le mouvement démonstratif des pages disponibles. Lucas-Beyer part du quartier comme unité d'organisation sociale et du terrain comme contrainte matérielle ; elle descend ensuite vers la ferme, la maison, les logements différenciés, la charpente, le toit et la porte. À chaque niveau, la forme bâtie s'explique par des tâches, des ressources, des relations et des mots. L'architecture est pour elle inséparable d'une manière de vivre et de produire.

Jean Tucoo-Chala conclut, dans sa présentation, à l'intérêt de rendre accessible ce travail longtemps difficile à lire en français. Il insiste sur la méticulosité de l'enquête, la qualité des observations et l'importance d'une restitution du vocabulaire local (p. 405). L'article est une porte d'entrée vers la thèse, non un remplacement de son texte intégral. C'est justement ce qui rend la conservation du PDF indispensable : les plans et les dessins accompagnent les passages et témoignent de la méthode de terrain.

Référence bibliographique

Jean Tucoo-Chala, « Les formes d'habitat dans les Landes de Gascogne », Bulletin de la Société de Borda, Dax, 148e année, no 552, 4e trimestre 2023, p. 403-428. Article comprenant une présentation de l'éditeur et l'édition d'une traduction française partielle de Lotte Lucas-Beyer, Le paysan de la forêt dans les Landes de Gascogne, II, « Habitation et maison », section « Les formes d'habitat » et début de « La maison d'habitation ». Traduction réalisée en 1940 par Marcelle Richard à la demande de Pierre Toulgouat. Le texte allemand du volet « Siedlung und Haus » a été publié en 1939 dans Volkstum und Kultur der Romanen, no 12, p. 186-277, d'après les références institutionnelles repérées. L'enquête sur place remonte à 1931-1933 et ne doit pas être datée de 2023.

Pagination : 26 pages de PDF correspondant exactement aux pages imprimées 403 à 428 du bulletin. Les références dans la fiche sont celles de la pagination imprimée ; pour accéder à la page correspondante du PDF, soustraire 402 au numéro cité. Le document fourni est l'article de 2023, non le livre édité chez Cairn en 2007. Ce dernier, Le paysan de la forêt dans les Landes de la Gascogne : habitation, travail, famille, correspond à une autre publication française, principalement consacrée aux formes de l'économie paysanne. Son ISBN, 9782350680491, n'est pas l'ISBN de l'article présenté ici.

L'original de Lotte Lucas-Beyer, la traduction de Marcelle Richard et la présentation de Jean Tucoo-Chala sont des niveaux distincts de la source. Les lieux, nombres, hypothèses, définitions et citations figurant dans cette fiche sont attribués à leur niveau de transmission lorsque la distinction importe. Les formes phonétiques doivent être revérifiées sur les originaux allemands pour tout travail linguistique strictement technique.

Où consulter ce document : références institutionnelles

Société de Borda — sommaire officiel du Bulletin no 552 (4e trimestre 2023) : https://www.societe-borda.com/wp-content/uploads/2024/02/Bulletin-2023-04-552-Sommaire-1.pdf

Texte de l'article, hébergé sur le site documentaire Être ethnolinguiste, en Gascogne : https://ethnolinguiste.org/wp-content/uploads/2024/03/Beyer-Lucas-L.-Tucoo-Chala-J.-ed.-Bull-Soc-Borda-annee-148%C2%B0-annee-4%C2%B0-Trim-n%C2%B0552-pp-403-428.pdf

Dossier documentaire sur Lotte Lucas-Beyer, l'enquête et les éditions allemandes : https://ethnolinguiste.org/gascon/

Bibliothèque nationale de France — notice du livre français de Lotte Beyer paru chez Cairn en 2007 (ouvrage distinct de l'article de 2023) : https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb40247332s

Éditions Cairn — notice du livre français de 2007, utile pour situer la partie économique de l'enquête : https://www.editions-cairn.fr/regions/142-le-paysan-de-la-foret-dans-les-landes-de-gascogne-9782350680491.html

Ces références permettent d'accéder à l'article étudié et de distinguer les versions française et allemande de l'enquête. Elles ne signifient pas que les quatre-vingt-huit pages originales sur l'habitat, ni les autres parties de la thèse, soient contenues dans le PDF du présent pack.

Repères du document

RepèreInformations
AuteursJean Tucoo-Chala (édition et présentation) ; Lotte Lucas-Beyer (enquête et texte original) ; Marcelle Richard (traduction de 1940)
Année2023
TypeScholarlyArticle
Langue du documentfr
DOInon identifié
CatégorieHistoire rurale et foncière
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