Aller au contenu principal
LACANAUOCEAN.COM
La résine landaise sous l’Occupation (1939-1945) — Sébastien Durand
Bibliothèque

La résine landaise sous l’Occupation (1939-1945) — Sébastien Durand

LACANAUOCEAN.COM / VILLE CIBLE

Le document en 10 lignes

Comment la résine des pins de Gascogne, matière première familière des ateliers de distillation et des usines chimiques, est-elle devenue une ressource de guerre dont l'Allemagne occupante entendait disposer presque entièrement ? C'est l'histoire que reconstitue Sébastien Durand dans cet article de 2019, consacré à la filière française des produits résineux entre la mobilisation de 1939 et les suites de la Libération. Derrière la récolte de gemme, le lecteur découvre un système organisé de propriétaires forestiers, de gemmeurs, de distillateurs, de négociants bordelais, de coopératives, de ministères français et de services économiques allemands. Les documents cités permettent de suivre les décisions et les marchandises jusque dans les gares, les entrepôts et les circuits de paiement.

L'étude fait notamment apparaître le rôle déterminant de l'Union corporative des résineux (UCR), constituée le 1er mai 1939, et de son organisme commercial, la Société française de distribution des produits résineux (SFDPR). Initialement établies pour sortir une industrie de sa crise, ces structures deviennent les intermédiaires obligés des achats allemands. L'historien suit leurs transformations, les contraintes qui pèsent sur elles, leurs marges de négociation et les intérêts de ceux qui les dirigent. Les tableaux des pages 135, 138 et 139 permettent enfin de distinguer les quantités produites, les parts réservées par contrat et les exportations effectivement enregistrées.

Référence du document étudié : Sébastien Durand, « La résine française, la guerre, l'Occupation (1939-1945) : mobilisation et exploitation d'une ressource stratégique », Guerres mondiales et conflits contemporains, 2019/3, n° 275, p. 121-141, DOI : 10.3917/gmcc.275.0121. Le fichier joint comprend 21 pages, correspondant aux pages imprimées 121 à 141.

Télécharger le PDFLe document original est disponible en bas de cette page.

Sommaire

Résumé complet

Une ressource forestière qui commande bien plus que des arbres

Au commencement de l'article, la résine n'est pas décrite comme un simple produit rural. La gemme recueillie sur le pin maritime doit être distillée pour fournir deux grandes familles de substances. L'essence de térébenthine entre dans la fabrication des vernis, des cirages et des encaustiques ; les brais et colophanes alimentent notamment la peinture, la savonnerie et la papeterie. Un marché agricole en apparence provincial est donc relié à des activités manufacturières diverses, et ses débouchés dépassent très largement les Landes. En période de guerre, l'importance de ces transformations chimiques explique que la ressource attire aussitôt l'attention des administrations militaires. Ce ne sont pas seulement les forêts qui intéressent les acheteurs : ils ont besoin d'une collecte régulière, de distilleries en état de marche, de récipients, de wagons et d'un commerce capable de coordonner le tout. (p. 121-122.)

Durand situe cette industrie dans un ensemble géographique précis. Avant la guerre, l'essentiel de la production française vient du massif landais et de la Charente, les apports du Gers et de la Dordogne demeurant secondaires. Il rappelle que la région landaise fournit alors à elle seule environ un septième de la production mondiale de produits résineux. Bordeaux joue le rôle d'une place commerciale majeure grâce à son port, à ses maisons de négoce et à ses relations avec les marchés étrangers. L'auteur précise que les expéditions forestières de toutes sortes, et non les seuls produits résineux, représentent près de la moitié du total des exportations bordelaises en 1938. Cette distinction compte : la puissance du port tient à un faisceau d'industries forestières, dont la gemme est un élément stratégique. (p. 121-122.)

La matière première possède cependant une particularité décisive. Elle est produite par des milliers d'acteurs dispersés sur un territoire étendu, puis transformée et vendue au sein d'un réseau beaucoup plus concentré. C'est dans cette différence d'échelle que se noue le récit : le gemmeur doit aller d'arbre en arbre, mais quelques responsables professionnels et commerciaux peuvent décider de la destination d'une part considérable de la production. La guerre va renforcer ce contraste, avant que l'Occupation ne l'utilise pleinement.

Avant même l'Occupation, une filière en crise cherche un commandement commun

L'année 1938 est mauvaise. Les cours des produits résineux tombent très bas, tandis que les industriels et les négociants se font concurrence sur un marché déjà affaibli par les producteurs étrangers, notamment les États-Unis et le Portugal. Les coûts français sont élevés et la qualité est parfois contestée. Les propriétaires et les gemmeurs, dont les revenus dépendent des quantités récoltées et des débouchés, subissent à leur tour l'effondrement des prix ; des grèves éclatent. La forêt a beau produire moins que dans les années prospères, les difficultés de vente donnent paradoxalement le sentiment d'une surproduction. Le problème tient donc aussi à l'organisation et à la solvabilité du marché, non à la seule quantité de résine disponible. (p. 122.)

Cette crise explique le choix de l'interprofession. Les acteurs de la filière craignent une mise sous tutelle décidée de l'extérieur et préfèrent construire leur propre organisme de régulation. La création de l'UCR, le 1er mai 1939, ne surgit pas de rien : l'article rappelle les précédentes tentatives d'organisation professionnelle, dont une fédération constituée dès 1906, et le soutien législatif accordé à la production en 1935. Il s'agit de stabiliser les prix, de distribuer la matière première et de mettre fin à la concurrence jugée ruineuse. Quelques semaines seulement après sa naissance, la nouvelle union regroupe, selon les chiffres cités par Durand, 15 000 résiniers, 8 000 propriétaires, 104 usines et coopératives de distillation, 20 maisons de négoce et quatre sociétés de courtage. (p. 121, 123.)

L'organisation est impressionnante par l'étendue de son pouvoir. L'UCR répartit la gemme entre les établissements, surveille les opérations de transformation et contrôle l'acheminement des produits. L'usine qui transforme la matière n'est plus libre d'en vendre à sa guise les résultats : elle agit comme façonnier et remet sa production à l'organisme commun. Comme l'association UCR ne peut juridiquement pratiquer elle-même le commerce, une société anonyme distincte, la Société française de distribution des produits résineux, est créée le 2 mai 1939. La SFDPR reçoit l'exclusivité des ventes et réunit les anciens négociants et courtiers. Ce montage, accepté pour restaurer la profession, retire aux entreprises une part essentielle de leur liberté commerciale. La centralisation précède donc Vichy et même l'entrée en guerre ; Durand en fait l'un des fils directeurs de son enquête. (p. 123.)

Septembre 1939 : de la régulation professionnelle à la mobilisation nationale

Avec la déclaration de guerre, la fonction de l'UCR change rapidement. Sa structure interprofessionnelle subsiste, mais le ministère de l'Agriculture prend le contrôle du dispositif et nomme un commissaire du gouvernement. Les cours sont désormais fixés en tenant compte des salaires des résiniers. Pour cette branche de l'économie, la liberté ordinaire du marché a disparu avant l'arrivée des forces allemandes. L'activité commerciale intérieure est d'abord ralentie par la désorganisation des transports, tandis que les exportations connaissent un brutal arrêt, notamment vers l'Allemagne, l'un des clients traditionnels de la résine française. (p. 123-124.)

Le conflit transforme pourtant la crise commerciale en occasion de débouchés garantis. Les industries de défense françaises réclament de la térébenthine et d'autres produits nécessaires à leurs fabrications. Les commandes publiques absorbent la production disponible ; l'Union n'a plus à rechercher péniblement des acheteurs. L'État veut aussi préserver le gemmage, mais les jeunes résiniers sont mobilisés et d'autres travailleurs se dirigent vers le secteur du bois, mieux rémunérateur. Au printemps 1940, des arrangements avec les ministères concernés permettent le retour d'environ un millier d'affectés spéciaux. Cette décision montre que récolter la gemme est désormais considéré comme une activité suffisamment importante pour modifier l'emploi des hommes mobilisés. (p. 124.)

Le renversement est rapide. Entre septembre 1939 et les jours précédant la débâcle, le prix de l'essence de térébenthine passe, dans les indications réunies par Durand, de 495 francs à 640 francs ; les produits secs suivent eux aussi une hausse sensible. La campagne s'achève dans des conditions commerciales jugées satisfaisantes, malgré la pénurie de bras. Après plusieurs années d'inquiétude, l'économie résinière a retrouvé des acheteurs, mais elle est déjà engagée dans une production administrée, dépendante de la guerre. (p. 125.)

L'été 1940 : Bordeaux occupé, les stocks réclamés

La défaite change la destination de la ressource sans supprimer l'appareil qui en gouverne la circulation. Privée de la résine américaine, l'industrie allemande se tourne vers les produits français. Durand rappelle qu'en 1938 les expéditions de résine depuis Bordeaux approchaient 41 000 tonnes et que la Grande-Bretagne et l'Allemagne représentaient chacune environ un quart à trois dixièmes des exportations. Les industriels allemands connaissent donc déjà ces fournitures ; la conquête du territoire leur donne le pouvoir d'en obtenir la priorité. Dès leur arrivée à Bordeaux, les occupants réclament les stocks des usines et soumettent les ventes à leur autorisation. Quelques livraisons sont consenties aux besoins locaux français, mais dans des proportions limitées. (p. 125.)

Cette prise de contrôle se lit particulièrement bien à travers les courriers de Pierre Maydieu, industriel et négociant bordelais, et les démarches de la Chambre de commerce de Bordeaux. Le 16 juillet 1940, Maydieu écrit qu'il faudra discuter des fournitures destinées à l'Allemagne tout en défendant les besoins français. Dès le lendemain, la Chambre est informée des exigences allemandes. Les wagons-réservoirs deviennent eux-mêmes un enjeu : on cherche à empêcher leur réquisition pour pouvoir les utiliser à l'expédition de térébenthine vers l'Allemagne. Derrière cette précaution logistique apparaît déjà l'acceptation pratique d'une livraison dont il faut organiser les moyens. (p. 125-126.)

Les milieux économiques girondins cherchent néanmoins à conserver une partie des produits pour l'industrie française. Le 23 juillet, Roger Descas, responsable patronal, propose une répartition en trois tiers : un pour l'armée allemande, un pour la zone occupée, un pour la zone non occupée. L'Allemagne recevrait ainsi, selon ce projet, 20 000 tonnes de produits secs et 5 000 tonnes de térébenthine. La proposition ne rencontre pas d'accord immédiat. Berlin et Wiesbaden entendent disposer des stocks comme garantie et de la production comme approvisionnement prioritaire. Même les expéditions vers la zone non occupée nécessitent des autorisations que les entreprises ne parviennent pas à obtenir. Durand montre un commerce girondin qui négocie, sollicite et s'adapte, mais dans un rapport de force déjà très défavorable. (p. 126.)

Au début d'août 1940, les autorités allemandes déclarent les produits réquisitionnables et interdisent les ventes libres. Vers le 20 août, elles annoncent une réquisition générale. Le blocage affecte immédiatement les usines : certaines ne disposent plus de gemme, d'autres ont leurs cuves pleines et ne peuvent évacuer leur térébenthine. Parmi les dix-sept établissements contrôlés par Maydieu, six sont entièrement arrêtés au cœur de l'été. La contrainte porte ainsi simultanément sur les matières premières, les stocks finis et les transports. L'auteur souligne que l'immobilisation peut être financièrement supportable pour les producteurs appuyés par l'Union, alors qu'elle pénalise gravement les entreprises françaises qui attendent ces fournitures. La situation des différents acteurs n'est donc pas identique. (p. 127.)

Un premier train, une nouvelle route vers l'Allemagne

Fin août 1940, un officier forestier allemand spécialisé arrive à Bordeaux avec des instructions précises. La Feldkommandantur coordonne les premiers envois. Des wagons-réservoirs sont réunis à la gare Saint-Jean, puis, le 29 août, un premier train part pour l'Allemagne. Avant même la conclusion définitive de toutes les discussions, des cargaisons importantes ont quitté la région : l'article mentionne, pour les derniers jours d'août, 1 000 tonnes de colophane et 70 barriques de résine. L'épisode donne une matérialité très nette à la politique d'occupation : la résine collectée dans les pins et traitée dans les usines devient un convoi ferroviaire sous contrôle militaire. (p. 128.)

Le partage des livraisons reste contesté. D'après les documents de la Chambre de commerce de Bordeaux, un accord prévoit 60 % pour les troupes occupantes et 40 % pour la consommation française. Maurice Oklé, négociant bordelais et président de la SFDPR, évoque pour sa part une part allemande de l'ordre de 75 %, obtenue au prix d'une réduction drastique des besoins des industries françaises. Durand ne confond pas ces versions. Les pourcentages sont au départ théoriques, puisque la récolte exacte n'est pas encore connue. Ils montrent toutefois la logique des tractations : préserver une fraction de l'économie française dans un marché dominé par l'occupant. (p. 128.)

La situation soulève aussi la question du degré de connaissance et de responsabilité des industriels. Leur adhésion à l'UCR les a privés de la décision commerciale finale ; la SFDPR assure le contact avec les acheteurs. Mais Durand estime difficile de supposer que les industriels ignorent, pendant l'Occupation, à qui leurs marchandises sont destinées, tant circulent les lettres, les circulaires et les informations professionnelles. Il n'assimile pas pour autant une absence de négociation directe à une absence de participation économique. La corporation sert d'intermédiaire et permet aux achats allemands de pénétrer l'ensemble du système sans multiplier les contacts avec chaque usine. (p. 128-129.)

La corporation s'insère dans l'État de Vichy

La centralisation ne résulte pas seulement des décisions de l'occupant. Le régime de Vichy modifie à son tour les règles de l'organisation professionnelle. Le décret du 2 décembre 1940 et l'arrêté du 3 décembre, puis les modifications de 1941 et de 1943, transforment les modalités de direction de l'UCR. La corporation est intégrée davantage encore à la tutelle administrative : ses responsables, auparavant élus, sont nommés par le ministère de l'Agriculture sur proposition d'organismes forestiers. L'adhésion devient obligatoire pour tous les métiers de la filière, depuis le propriétaire et le gemmeur jusqu'au négociant et au courtier. La liberté de se tenir à l'écart de l'Union se réduit à néant. (p. 129.)

La situation est donc triangulaire. Les entreprises et leurs organisations disposent d'un instrument centralisé qu'elles ont initialement voulu ; l'État français s'en empare pour gouverner un marché jugé essentiel ; l'administration militaire allemande s'appuie sur lui pour organiser ses propres prélèvements. L'UCR, malgré sa puissance sur les producteurs et les usines, est elle-même soumise au contrôle de l'administration française et à la surveillance allemande. Ses décisions de répartition et de vente doivent tenir compte d'autorités qui peuvent bloquer la production ou imposer la destination des lots. Durand insiste sur cette double contrainte, plutôt que de présenter la corporation comme un organisme entièrement autonome. (p. 129-130.)

Les sources permettent de mesurer la présence de cet appareil dans des établissements particuliers. La Société des Huileries et raffinerie de Saint-Symphorien reconnaît ne pouvoir agir en dehors des statuts de l'UCR. L'auteur cite également, dans ses notes, des dossiers d'après-guerre concernant la Coopérative agricole forestière d'Arès, la Société coopérative des propriétaires forestiers de La Teste et la Société coopérative agricole des produits résineux de Carcans. Ces références sont précieuses parce qu'elles relient une organisation nationale à des lieux bien identifiés du bassin d'Arcachon et du Médoc. Mais leur présence en note n'autorise pas, à elle seule, à attribuer à chacune de ces coopératives les mêmes choix particuliers : elles figurent dans les sources exploitées par l'historien pour documenter les structures professionnelles et leurs rapports avec les règlements d'après-guerre. (p. 122-123, 129 et notes.)

1940-1941 : une filière entière transformée en approvisionnement du Reich

La récolte de 1940 est fortement diminuée. À l'automne, Durand évoque une production d'environ 50 000 tonnes dans le contexte des négociations, contre 100 000 tonnes espérées pour une année normale ; ses tableaux distinguent ensuite les campagnes administratives et leurs bilans consolidés. Le contrat d'approvisionnement prévoit 30 000 tonnes de colophane et 7 000 tonnes de térébenthine pour l'Allemagne, transportées en plusieurs mois à raison de convois ferroviaires réguliers. Le montant du marché est estimé à environ 180 millions de francs courants. Le prix de la gemme augmente, ce qui contribue à assurer la rémunération des producteurs, sans changer la destination imposée de l'essentiel des produits. (p. 130.)

L'achat est pris en charge par des organismes allemands spécialisés. L'article présente d'abord la Wirtschaftliche Forschungsgesellschaft (Wifo), intervenant dans la captation de matières premières stratégiques, puis, à partir de l'automne 1941, la Rohstoffhandelsgesellschaft (ROGES). L'administration militaire allemande en France surveille ces transactions. Côté français, l'UCR et la SFDPR organisent la disponibilité de la résine, les expéditions et les formalités. Il ne s'agit donc pas d'une série d'achats isolés par des soldats, mais d'une chaîne commerciale et administrative qui fonctionne à l'échelle de l'économie occupée. (p. 130.)

Cette organisation devient visible dans la logistique ferroviaire. Les usines déclarent leurs disponibilités, la société de distribution demande les wagons, et les services allemands des chemins de fer en déterminent les modalités. Les chargements sont d'abord regroupés dans les gares bordelaises. En octobre 1941, la difficulté d'accès conduit à transférer à Coutras le rassemblement des wagons destinés à la colophane ; les wagons-réservoirs de térébenthine y sont ensuite réunis à leur tour. Des trains complets prennent la direction de l'Allemagne sous la responsabilité du transporteur Schenker & Cie. Un échantillon de chaque wagon doit être adressé au centre d'analyse de l'UCR à Bordeaux. Ces détails font de la gare de Coutras un lieu concret de l'histoire de la forêt landaise sous l'Occupation : c'est là que se rencontrent le travail des résiniers, les contrôles chimiques, le transport et la demande allemande. (p. 131.)

Pour les industriels français, obtenir de la térébenthine est devenu une procédure à plusieurs échelons. Toute commande doit justifier son besoin, être attestée localement, passer par l'UCR puis recevoir l'autorisation des services d'occupation. Au début de 1941, la décision est centralisée à Paris. Une autorisation ne suffit pas toujours : il faut encore un bon de répartition et des moyens de transport. Les savonneries marseillaises figurent parmi les clients dont la situation devient difficile. Les entreprises françaises n'achètent plus simplement au producteur ou au négociant ; elles attendent qu'une administration étrangère consente à leur laisser ce qu'elle ne destine pas à ses propres fabrications. (p. 131-132.)

Faire travailler les gemmeurs, y compris les prisonniers

Une matière aussi recherchée suppose des bras, et cette nécessité ramène l'enquête à la condition des travailleurs. Les services allemands veulent ramener la récolte à son niveau d'avant-guerre, mais la mobilisation et la captivité ont vidé la forêt d'une partie de ses ouvriers spécialisés. Ils envisagent alors la mise en congé de prisonniers de guerre résiniers. L'article mentionne aussi l'emploi, à partir de la fin de 1940, de prisonniers nord-africains venus de camps forestiers ; il rapporte la manière dont les services allemands jugent leur rendement, jugement à replacer dans les documents de l'occupant et non dans une appréciation indépendante des personnes concernées. (p. 132-133.)

Pour la récolte qui commence au printemps 1941, les libérations ou mises en congé se multiplient : au 23 mai, 1 468 mises en congé de captivité ont été obtenues. Elles ne constituent pas un retour à la liberté pleine et entière. Les hommes ne doivent pas franchir la ligne de démarcation et un rendement de production leur est imposé. La politique de l'occupant consiste ainsi à déplacer des hommes de la captivité vers un travail dont le produit sert l'économie allemande, tout en maintenant sur eux une contrainte administrative et géographique. Durand décrit précisément ces conditions et l'intérêt productif de ces mesures. (p. 133.)

Les expéditions progressent en conséquence. En mai 1941, plusieurs milliers de tonnes de térébenthine et de colophane ont déjà atteint l'Allemagne. À la fin de juin, le premier contrat est entièrement satisfait pour l'essence et presque pour les produits secs. Avant même sa conclusion, un nouvel accord est discuté, puis signé pour des volumes plus élevés : 8 000 tonnes de térébenthine et 28 000 tonnes de colophane. La guerre n'a donc pas seulement déplacé les débouchés : elle fait entrer les campagnes de gemmage dans la planification annuelle de l'approvisionnement allemand. (p. 133.)

1942 : négocier les prix, les salaires et les moyens de tenir la récolte

Au début de 1942, la situation paraît favorable aux acheteurs, malgré les pénuries de transports. Les quantités transférées à l'Allemagne depuis le début des accords atteignent, dans l'estimation citée par Durand, 11 000 tonnes de térébenthine et 45 486 tonnes de colophane, butins compris. Mais les campagnes suivantes ne peuvent être augmentées sans résoudre des difficultés croissantes : manque de camions, de muletiers et de wagons, pénurie d'hommes, éloignement des sites de récolte, insuffisance des vêtements et des rations. Les expéditions ferroviaires sont même interrompues pendant un peu plus de deux semaines à partir du 8 février 1942. (p. 133-134.)

Les autorités françaises réclament des contreparties pour produire davantage : aligner les salaires des résiniers sur ceux des bûcherons, mieux classer les ouvriers pour le ravitaillement, fournir des vêtements de travail et obtenir la libération de 1 700 résiniers encore prisonniers. Les autorités allemandes y trouvent leur intérêt tant que les dispositions permettent de retrouver les tonnages réclamés. Les négociations ne portent plus seulement sur des prix de vente abstraits ; elles touchent directement la vie et les conditions de travail des hommes dans la forêt. (p. 134.)

Un nouvel accord, signé le 29 avril 1942, prévoit 9 000 tonnes de térébenthine et 33 000 tonnes de colophane à livrer entre juillet 1942 et mars 1943. La récolte de gemme s'améliore : 83 900 tonnes sont enregistrées pour la campagne 1942-1943, contre 75 700 tonnes en 1941-1942 selon le tableau récapitulatif. L'amélioration permet aux usines de travailler activement, mais les difficultés matérielles s'accumulent : le manque de combustible pour les distilleries, les approvisionnements de produits de traitement et les moyens de déplacement ralentissent le système. La production progresse sans que ses fragilités disparaissent. (p. 134-135.)

1943 : incendies, ouvriers requis et administration à bout de souffle

Le retournement de 1943 tient d'abord à la forêt elle-même. Les incendies se multiplient, sur un massif dont les routes sont insuffisantes et où nombre de propriétés sont vastes, isolées ou éloignées des centres habités. Le manque de personnel et de matériel a conduit à négliger des travaux de protection. Les conséquences sont lourdes à la fois pour la récolte de résine, pour les propriétaires et pour l'approvisionnement des usines. Durand cite une pièce de mai 1943 sur l'exploitation des bois incendiés : ceux qui ne sont pas acquis par des exploitants français peuvent être attribués à des acheteurs allemands. La catastrophe forestière crée ainsi un autre circuit d'utilisation de la matière bois, distinct de la gemme elle-même. (p. 135-136.)

Les autorités d'occupation mobilisent des moyens exceptionnels pour conserver les livraisons. Des jeunes gens requis, y compris des étrangers mentionnés dans les documents, sont appelés à l'exploitation des zones brûlées. L'article signale aussi la libération de 455 prisonniers supplémentaires et la présence de 9 000 membres des Chantiers de la jeunesse affectés à différents travaux forestiers. La machine administrative tente de répondre à la crise écologique et logistique par davantage de main-d'œuvre réquisitionnée. Elle n'obtient pourtant pas les résultats attendus. (p. 136.)

La corporation et le service forestier allemand dénoncent de concert le retard des déclarations faites par les usines. Les problèmes sont parfois prosaïques : fûts mal conditionnés, erreurs de marquage, wagons inadaptés, chargements incomplets, absence de bras pour les transbordements à Coutras. En août 1943, les autorités allemandes arrêtent même toutes les expéditions de produits résineux. Une légère reprise en fin d'année ne suffit pas à retrouver la cadence contractuelle. Le récit montre combien la maîtrise d'une filière, même fortement centralisée, ne garantit plus son bon fonctionnement lorsque la forêt brûle et que les transports se défont. (p. 136.)

1944 : les stocks s'accumulent, les sanctions se durcissent

Au printemps 1944, la campagne gemmière vient de diminuer d'environ 5 % et les retards d'expédition se prolongent. Les usines font face aux injonctions des services allemands, tandis que l'UCR menace ses membres de sanctions. Les représentants de l'occupant se plaignent des fûts mal remplis ou détériorés et du mauvais chargement en gare de Coutras. Malgré une augmentation du prix de la gemme — Durand indique un passage de 6,2 à 8,8 francs le litre entre 1943 et 1944 — la production souffre de l'incendie des peuplements, de l'abandon des cares et de conditions météorologiques défavorables. Les responsables allemands redoutent même une chute de 40 % de la récolte suivante. (p. 137.)

En juin 1944, 6 000 tonnes de colophane restent encore à livrer au titre du contrat d'avril 1943. L'arrêt des trains accroît le volume des matières immobilisées : Durand rapporte une perspective de stockage pouvant atteindre 16 000 tonnes d'essence de térébenthine et 56 000 tonnes de produits secs. Les usines doivent conserver des stocks lourds et l'essence inflammable fait peser des risques particuliers. En juillet, les services de l'occupant assimilent désormais les fausses déclarations intentionnelles à des actes de sabotage. L'article précise que cette mesure ne change pas la situation. Il ne conclut pas pour autant, sans autre preuve, que toutes les anomalies observées relèvent d'une résistance organisée : les problèmes de transport, de manutention et de désorganisation sont documentés en eux-mêmes. (p. 137-138.)

Quelle part de la résine a réellement été prise par l'Allemagne ?

L'un des mérites de l'étude est de résister à la tentation du chiffre unique. Dans l'immédiat après-guerre, les premières évaluations avancent que les prélèvements allemands auraient porté sur environ 70 % de la térébenthine et 75 % des produits secs. Maurice Oklé, se référant aux contrats, évoque plutôt 65 %. Les statistiques militaires allemandes et les dossiers de confiscation des profits illicites situent la part allemande autour de 60 % pour plusieurs campagnes. Les valeurs annuelles citées par Durand ne sont pas toutes identiques : selon les dossiers de l'après-guerre, la part vendue à l'ennemi atteindrait notamment 59,9 % en 1940-1941, 62,7 % en 1941-1942 et 63,2 % en 1942-1943, avant de décroître. Ces chiffres reposent sur des méthodes et des documents distincts ; l'auteur les rapproche sans effacer leurs différences. (p. 138.)

Le tableau comparant production et contrats donne un ordre de grandeur facile à comprendre. Pour les quatre campagnes allant de 1940-1941 à 1943-1944, le total de térébenthine fabriquée est de 55 000 tonnes, et les contrats allemands en prévoient 33 000, soit 60 %. Les produits secs représentent une fabrication de 202 700 tonnes pour des contrats de 124 000 tonnes, soit 61 %. Mais les chiffres contractuels ne sont pas des preuves d'exportation effective. L'auteur le rappelle immédiatement en confrontant ces engagements aux registres des Douanes, qui comptabilisent un peu plus de 100 000 tonnes exportées vers l'Allemagne entre 1941 et 1944, bien moins que les tonnages exigés au total. (p. 138-139.)

L'écart est indispensable à l'interprétation. Un produit peut être réservé à un acheteur allemand, déclaré prêt, entreposé, bloqué en gare, puis finalement ne jamais quitter le territoire. Une comptabilité des contrats mesure l'emprise économique et la capacité de prélèvement exigée ; une statistique douanière mesure les passages effectivement enregistrés à la frontière. Une estimation financière ajoute encore une troisième logique. Durand indique ainsi 863,15 millions de francs courants d'exportations dans les relevés douaniers de 1941 à 1944 et 945,5 millions dans l'évaluation de la Commission du coût de l'Occupation. Cette différence n'autorise pas à mélanger les chiffres : elle fait partie de l'histoire des sources et des méthodes de calcul. (p. 139.)

Les paiements soulèvent enfin une question essentielle. Les acheteurs allemands apparaissent, dans le bilan commercial, comme de bons payeurs ; Durand ne s'arrête pourtant pas à ce constat. La quasi-totalité des règlements évalués par la Commission passe par le mécanisme du clearing franco-allemand. Cela oblige à distinguer le fait que des entreprises aient reçu un règlement et la question beaucoup plus large de savoir comment l'économie d'occupation a financé ces achats. À la fin de juillet 1944, une créance d'environ six millions de francs demeure encore due à l'Union par la ROGES. Au-delà des seules tonnes exportées, l'article étudie donc un système complet de transferts de ressources, de décisions et de paiements. (p. 139.)

Après la Libération, les circuits restent brisés

Le départ des troupes allemandes ne remet pas instantanément en marche la filière. Les stocks sont toujours présents, les ports et voies ferrées fonctionnent mal, la forêt a perdu des arbres en pleine production et les hommes comme les moyens de transport manquent. Durand mentionne particulièrement le grave incendie de juillet 1945, qui aggrave les difficultés de la récolte. Le ministère souhaite relancer les exportations pour procurer des débouchés à la filière, mais les usines ne peuvent acheminer régulièrement leurs produits jusqu'au port de Bordeaux, lui-même difficile à utiliser. La reconstruction de l'économie résinière est ainsi à la fois forestière, industrielle, commerciale et logistique. (p. 140.)

En 1946, la SFDPR est sollicitée pour organiser des ventes vers plusieurs pays européens, notamment dans le cadre d'un important contrat avec l'Angleterre. Les responsables professionnels accueillent avec réserve la persistance d'une forte intervention administrative dans leur activité. Le marché de la résine ne retrouve donc pas aussitôt le fonctionnement qu'il connaissait avant-guerre. Les campagnes 1946-1947 et 1947-1948 restent très inférieures à la production de 1938-1939, et le redressement n'intervient, selon Durand, qu'au début des années 1950, pour une période relativement brève. (p. 140-141.)

Le mécanisme central : commander des milliers d'acteurs par quelques intermédiaires

La conclusion de Sébastien Durand donne son unité à cette histoire. L'occupant ne dispose pas du personnel nécessaire pour administrer lui-même les parcelles, les résiniers et chaque usine d'un massif aussi vaste. Il tire donc parti des intermédiaires déjà en place. L'UCR concentre les décisions techniques et la récolte, la SFDPR concentre la commercialisation, les maisons de négoce et les courtiers disposent des relations et des savoir-faire, tandis que les services administratifs français rendent les obligations générales. Les acheteurs allemands se placent au sommet de cette chaîne, en laissant fonctionner les rouages essentiels d'une économie qui les précède. L'auteur nomme ce procédé « intégration économique induite » (p. 140).

La portée de cette conclusion est précise : la filière participe à l'approvisionnement industriel allemand sans que chaque producteur, chaque gemmeur ou chaque distillateur ait besoin de traiter personnellement avec une autorité d'occupation. Cette participation ne signifie pas une identité de position ou de pouvoir entre tous les acteurs. Certains négocient, d'autres dépendent des cours et des acomptes, d'autres encore travaillent sous restrictions ou dans des conditions de captivité. Mais l'existence même d'un organisme professionnel centralisé donne à l'occupant un moyen particulièrement efficace d'utiliser toute une région productrice. C'est cette articulation entre contrainte militaire, intervention de l'État français, organisation professionnelle et intérêts économiques que l'article établit. (p. 139-141.)

Les idées fortes

1. La résine est une matière première stratégique parce qu'elle relie la forêt à plusieurs industries. Le document commence par les usages de la térébenthine, des brais et des colophanes, puis explique pourquoi leur approvisionnement devient une question militaire. Les ressources forestières girondines et landaises alimentent un marché bien plus large que le territoire de récolte. (p. 121-122.)

2. Le système centralisé d'achat et de vente a été créé avant la victoire allemande. L'UCR et la SFDPR naissent en mai 1939 pour répondre à une crise professionnelle. Leur contrôle de toute la filière, progressivement renforcé par l'État, facilite ensuite la prise en main des produits par l'occupant. (p. 122-123, 129-130.)

3. Bordeaux est un centre de décision, de négoce et d'organisation logistique. Les correspondances Maydieu, les démarches de la Chambre de commerce, les négociations de Descas et d'Oklé, les chargements à Saint-Jean puis le regroupement des trains à Coutras donnent des lieux, des personnes et des dates à l'histoire économique de l'Occupation. (p. 125-128, 131.)

4. Le besoin de résine transforme aussi le statut et l'emploi de la main-d'œuvre. Les affectations spéciales de 1940, les mises en congé de captivité des résiniers, les travailleurs nord-africains mentionnés dans les rapports et les mobilisations des Chantiers de la jeunesse sont associés aux objectifs de récolte et aux contraintes d'exploitation. (p. 124, 132-134, 136.)

5. La production ne suffit pas à garantir les livraisons. De 1942 à 1944, les trains, les fûts, les stocks, le combustible des distilleries, les incendies et l'absence de bras font apparaître des limites matérielles que ne suppriment ni les contrats ni les sanctions. (p. 134-137.)

6. L'évaluation de l'exploitation allemande exige plusieurs comptes distincts. Les statistiques de production, les contrats et les exportations douanières ne répondent pas à la même question. L'ordre de grandeur de 60 % ressort des contrats et de plusieurs dossiers, mais les expéditions réelles demeurent inférieures aux exigences initiales. (p. 138-139.)

7. La Libération ne restaure pas instantanément l'économie forestière. Les stocks, les voies ferrées, les incendies et la difficulté d'exporter prolongent les désordres jusque dans l'après-guerre. L'évolution de la filière après 1944 fait pleinement partie du récit. (p. 140-141.)

Les principaux chiffres

Les quantités ci-dessous proviennent des tableaux et passages identifiés de l'article. Les campagnes désignent des périodes de production qui ne se confondent pas nécessairement avec les années civiles. Les chiffres du port de Bordeaux et ceux de la production française ne doivent pas être additionnés.

IndicateurChiffreContextePage imprimée
Part de la production mondiale attribuée à la région landaise avant-guerreEnviron 1/7Produits résineux, ordre de grandeur cité par l'auteur121
Résiniers regroupés par l'UCR peu après sa création15 000Organisation de la filière en 1939123
Propriétaires regroupés par l'UCR8 000Même périmètre123
Usines et coopératives de distillation affiliées104Même périmètre123
Essence de térébenthine, prix mentionné de septembre 1939 à la veille de la débâcle495 à 640 FFrancs courants, série de prix dans le texte125
Premier accord allemand, térébenthine7 000 tLivraison contractuelle 1940-1941130
Premier accord allemand, colophane30 000 tLivraison contractuelle 1940-1941130
Résiniers mis en congé de captivité au 23 mai 19411 468Congés soumis à restrictions133
Récolte de gemme, campagne 1938-1939108 400 tTableau récapitulatif INSEE135
Récolte de gemme, campagne 1940-194161 800 tTableau récapitulatif INSEE135
Récolte de gemme, campagne 1942-194383 900 tTableau récapitulatif INSEE135
Récolte de gemme, campagne 1944-194561 800 tTableau récapitulatif INSEE135
Membres des Chantiers de la jeunesse mobilisés pour les travaux forestiers9 000Contexte de 1943136
Total de térébenthine produite en 1940-194455 000 tQuatre campagnes du tableau 2138
Térébenthine visée par les contrats allemands33 000 t (60 %)Engagements contractuels, pas exportations certifiées138
Total des produits secs fabriqués en 1940-1944202 700 tQuatre campagnes du tableau 2138
Produits secs visés par les contrats allemands124 000 t (61 %)Engagements contractuels138
Exportations enregistrées vers l'Allemagne en 1941-1944100 570 tRelevés douaniers, tableau 3139
Valeur douanière de ces exportations863 150 milliers de FFrancs courants, tableau 3139

Dans le tableau 1 de la page 135, Durand reproduit l'évolution annuelle des trois catégories — gemme brute, essence de térébenthine et produits secs — de 1938-1939 jusqu'à 1947-1948. Le tableau 2, page 138, rapporte les engagements des contrats à la production industrielle réelle ; le tableau 3, page 139, suit au contraire les flux effectivement enregistrés par les Douanes. Ils ont donc trois fonctions différentes et complémentaires. Il faut les conserver séparément lors de toute réutilisation statistique.

Acteurs, lieux et archives à retenir

Pierre Maydieu, industriel et négociant bordelais, apparaît dans les correspondances de juillet et août 1940. Ses lettres permettent de suivre les restrictions commerciales, les stocks et les difficultés des usines (notamment p. 125-127). Les archives citées sont principalement les séries 11 J des Archives départementales de la Gironde.

Maurice Oklé, membre de la Chambre de commerce de Bordeaux et président de la SFDPR, intervient dans les négociations avec les autorités d'occupation et livre, après la guerre, sa propre estimation des contrats. Ses formulations et ses chiffres doivent être lus comme ceux d'un acteur de la filière, non comme des conclusions automatiquement adoptées par l'historien (p. 128, 138-139).

Roger Descas est associé à la proposition de partage en trois parts présentée le 23 juillet 1940. Elle éclaire la manière dont les organisations patronales girondines tentaient de défendre les besoins français tout en composant avec la priorité exigée par l'occupant (p. 126).

Coutras devient en octobre 1941 un point de rassemblement essentiel pour les wagons de colophane puis de térébenthine. L'auteur cite notamment les Archives de la SNCF, 39 LM 59/1 pour documenter ces décisions et les difficultés de transport (p. 131, 134).

Carcans figure dans une note consacrée au dossier de la Société coopérative agricole des produits résineux de Carcans, utilisé dans les procédures d'après-guerre relatives aux profits illicites : Centre des archives économiques et financières, 30 D 258, dossier n° 12749, rapport du 6 janvier 1947 (p. 122, note 9). Il s'agit d'une piste archivistique localisée, à étudier dans son dossier original avant d'attribuer à la coopérative un fait non explicité dans l'article.

Arès est également cité via la Coopérative agricole forestière d'Arès, CAEF, 30 D 200, dossier n° 12077 ; La Teste-de-Buch apparaît dans le même ensemble avec le dossier n° 9581. Ces références concernent notamment les relations juridiques et commerciales nouées autour de l'UCR et de ses membres (p. 123 et 129, notes).

Saint-Symphorien est documenté par les dossiers de la Société des Huileries et raffinerie de Saint-Symphorien aux Archives départementales de la Gironde, notamment 33 J 30 et 33 J 10 (p. 129 et 131). L'établissement illustre la dépendance des industriels vis-à-vis des statuts et circuits de l'Union.

Ces identifications ne remplacent pas la lecture des actes d'archives. L'article fournit des cotes précises et la nature de certaines pièces, mais ne reproduit pas intégralement les dossiers auxquels il renvoie.

Conclusion de l'auteur

Durand conclut que l'exploitation allemande des produits résineux n'aurait pas pu fonctionner avec la même efficacité sans l'UCR, la SFDPR, les courtiers et les négociants qui organisaient déjà le marché. La stratégie de l'occupant consiste à utiliser les structures existantes plutôt qu'à se substituer individuellement à chaque exploitant. Cette organisation permet l'intégration d'une partie importante de la production forestière et industrielle française dans l'économie de guerre allemande. Dans le même temps, le marché devient dépendant d'une administration toujours plus présente, de contraintes de transport et de pénuries de personnel et de combustible. La forêt et la filière de la gemme sortent durablement éprouvées de la guerre. L'auteur prolonge son analyse jusqu'au lent redressement de l'après-guerre. (p. 139-141.)

Référence bibliographique

DURAND, Sébastien. « La résine française, la guerre, l'Occupation (1939-1945) : mobilisation et exploitation d'une ressource stratégique ». Guerres mondiales et conflits contemporains, 2019/3, n° 275, p. 121-141. Presses universitaires de France. DOI : 10.3917/gmcc.275.0121. Article en français, 21 pages imprimées.

La numérotation du PDF fourni commence à la page 121 du périodique : la page 1 du PDF correspond à la page 121 imprimée et la page 21 à la page 141. Le PDF correspond à la totalité de l'article. Aucun ISBN propre à l'article n'est identifié. Les tableaux originaux figurent aux pages 135, 138 et 139 ; il n'existe pas de couverture de livre distincte à extraire comme vignette WebCore.

Où consulter ce document : références institutionnelles

Notice et publication scientifique :

  • Cairn.info, notice du texte dans Guerres mondiales et conflits contemporains : https://shs.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2019-3-page-121?lang=fr
  • Identifiant pérenne DOI : https://doi.org/10.3917/gmcc.275.0121
  • Bibliothèque nationale de France, notice de la revue électronique : https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb414571082

Institutions conservant des fonds exploités ou mentionnés dans l'article :

  • Archives nationales, accès aux inventaires et orientation des recherches (notamment fonds AJ 40) : https://www.archives-nationales.culture.gouv.fr/premiere-recherche
  • Service des archives économiques et financières, fonds des procédures de confiscation des profits illicites et dossiers 30 D : https://www.economie.gouv.fr/saef

Ces deux dernières adresses renvoient à des institutions d'archives et à leurs modalités de recherche, non à une reproduction numérisée de chaque dossier cité. La source immédiate de cette fiche reste le texte intégral de Sébastien Durand transmis en PDF.

Repères du document

RepèreInformations
AuteursSébastien Durand
Année2019
TypeScholarlyArticle
Langue du documentfr
DOI10.3917/gmcc.275.0121
CatégoriePins et Résine
TÉLÉCHARGER LE LIVRE PDFTélécharger le document originalPDF · 241 Ko · 6 téléchargements