Aller au contenu principal
LACANAUOCEAN.COM
Usages locaux de Gironde en 1885 : Lacanau, Carcans, Hourtin, Le Porge, Sainte-Hélène, résine et métayage
Bibliothèque

Usages locaux de Gironde en 1885 : Lacanau, Carcans, Hourtin, Le Porge, Sainte-Hélène, résine et métayage

LACANAUOCEAN.COM / VILLE CIBLE

Le document en 10 lignes

Ce dossier sélectionne les passages des Usages locaux du département de la Gironde (Bordeaux, Féret et fils, 1885) qui éclairent l'histoire de Lacanau, Carcans, Hourtin, Le Porge et Sainte-Hélène, ainsi que les pratiques voisines indispensables pour comprendre les pins, la résine, les métayers, les propriétés communales, les fossés et les chemins. L'enquête rassemble des règles coutumières qui servaient à interpréter des contrats et des droits, parfois avant même que les parties n'aient formulé leurs obligations par écrit. Elle ne décrit ni toute la vie sociale ni toutes les coutumes effectivement pratiquées par chaque village.

Avertissement de méthode. Les cinq communes demandées ne sont pas nommées individuellement dans les pages de l'ouvrage. Les mentions disponibles sont cantonales : Castelnau pour Lacanau, Le Porge et Sainte-Hélène ; Saint-Laurent pour Carcans et Hourtin. Cette correspondance géographique est étayée par la composition historique des cantons, et notamment par le décret français du 14 novembre 1936 sur le Médoc. Les usages du canton ne constituent pas une preuve que chaque coutume était suivie dans toutes ses communes. Le canton de Castelnau dépendait à l'époque de l'arrondissement de Bordeaux, et non de celui de Lesparre (rattachement administratif intervenu en 2006). Une remarque concernant l'arrondissement de Lesparre en 1885 ne s'applique donc pas automatiquement aux trois communes du canton de Castelnau.

Datation. Les années 1855, 1881-1884 et 1885 sont des dates d'enquête, d'organisation et de publication, non nécessairement des dates de naissance des pratiques. Les formules « depuis un temps immémorial » indiquent la manière dont l'administration qualifie les coutumes, sans donner une année de départ démontrable.

Repérage des pages. Les références « p. » désignent la pagination imprimée de 1885. Dans le PDF transmis, il faut généralement ajouter 2 pour obtenir le numéro de page du lecteur PDF (p. 21 imprimée = page 23 du PDF). Les erreurs évidentes de reconnaissance des caractères ont été corrigées lors de la sélection ; en cas de lecture douteuse d'un chiffre ou d'un mot, on le signale au lieu de le présenter comme certain. Les extraits entre guillemets sont des fragments du document ; les paragraphes explicatifs sont des reformulations et non des citations.

Télécharger le PDFLe document original est disponible en bas de cette page.

Sommaire

I. Dossiers géographiques : les cinq communes recherchées

Lacanau — canton de Castelnau en 1885

La commune de Lacanau n'est pas nommée dans le texte de 1885. Mais le recueil relève pour le canton de Castelnau une série de règles remarquablement précises sur l'exploitation des pins. Il note des éclaircies entre dix et vingt ans, la conservation de trois cents arbres à l'hectare et le début possible du gemmage à vingt ans au moins (p. 21 et 25). Ce sont des usages cantonaux, et non des chiffres mesurés pour une parcelle de Lacanau. La résine est partagée en valeur par moitiés entre le résinier et le propriétaire ; le premier fournit le travail et les outils, le second achète les pots et accessoires (p. 105).

Le même canton conserve une pratique de vaine pâture sur les champs récoltés et non clos, à partir de deux jours après l'enlèvement de la récolte ; le glanage et le râtelage y sont également signalés (p. 36-37). Cette constatation atteste la persistance d'usages collectifs sur certaines parcelles privées ouvertes, mais elle ne démontre ni la superficie des anciens communaux de Lacanau ni l'étendue de droits particuliers au village.

Enfin, les bandes de bout de parcelle utilisées pour faire tourner attelages et charrues y portent le nom de bessenier ou capvirade (p. 118), et le passage pour bœufs et charrettes est fixé à 2,50 m (p. 120). Ces précisions documentent un paysage organisé autour du travail agricole, au-delà de l'image d'une forêt uniforme.

Le Porge — canton de Castelnau en 1885

Le Porge n'est pas cité individuellement. Les mêmes indications cantonales sur les éclaircies, la résine, les pâtures après récolte, les glanages, les curages et les passages constituent le principal matériau du recueil pour cette commune. Il faut néanmoins garder une distinction stricte entre la coutume attestée pour le canton et son application à une parcelle du Porge, qui demanderait un bail, une délibération municipale ou un acte notarié local.

Cette prudence importe particulièrement pour les communaux : le recueil décrit la vaine pâture à Castelnau mais ne fournit ni la liste des terrains porgeais concernés, ni un jugement sur leur propriété, ni une date de vente. Il documente donc le vocabulaire des droits plutôt qu'une chronologie locale de leur disparition.

Sainte-Hélène — canton de Castelnau en 1885

Aucune mention directe de Sainte-Hélène n'a été retrouvée dans les 130 pages. Les passages cantonaux de Castelnau sont le seul rattachement possible dans le cadre de ce livre. Ils indiquent, au XIXe siècle, un monde rural où l'on mesure la durée des éclaircies, l'âge requis pour gemmer, les charges des pots de résine, les chemins, la clôture des champs et le maintien du pâturage saisonnier. Il serait cependant incorrect de transformer l'indication cantonale « trois cents pins par hectare » en statistique de la forêt communale de Sainte-Hélène.

Carcans — canton de Saint-Laurent en 1885

Carcans n'est pas nommé individuellement. Pour le canton de Saint-Laurent, le recueil précise que l'éclaircissement des pins commence à sept ou huit ans ; le produit peut servir à fabriquer de la latte, et l'entretien de la plantation se poursuit ensuite selon la croissance des arbres (p. 21-22). Le gemmage ne doit débuter qu'avec des pins âgés de vingt-cinq ans ; l'arbre reçoit d'abord une seule carre et leur nombre augmente ensuite selon sa vigueur (p. 26).

Pour les droits collectifs, l'enquête est plus restrictive qu'à Castelnau : elle n'atteste la vaine pâture dans le canton de Saint-Laurent que sur les propriétés communales, et signale une taxe perçue pour le pacage (p. 35 et 37). Elle évoque aussi, dans « quelques villages » non nommés du canton, des statuts anciens prescrivant la convocation des intéressés par un syndic pour le curage des canaux de grand écoulement (p. 33). Ces villages ne doivent pas être identifiés d'office à Carcans.

Hourtin — canton de Saint-Laurent en 1885

Hourtin n'est pas cité individuellement dans cet ouvrage. Les données disponibles sont celles du canton de Saint-Laurent, comme pour Carcans : éclaircissage précoce, début du gemmage à vingt-cinq ans, vaine pâture limitée aux communaux, taxe de pacage, entretien collectif de certains canaux et curage annuel à frais communs des fossés (p. 21-22, 26, 33, 35, 37, 110). Le recueil ne décrit pas spécifiquement les marais de l'étang de Carcans-Hourtin, ses pêcheries ou ses dunes : ces sujets demandent d'autres sources locales.

II. Le pin maritime : du semis à la futaie

Les éclaircies, ou comment les contemporains géraient les peuplements

La section « Éclaircissement des futaies » (p. 20-23) énumère des âges, des espacements et des effectifs à laisser sur pied. Elle montre que la pinède gérée n'était pas seulement un semis abandonné à lui-même. Des opérations répétées déterminaient progressivement le nombre d'arbres conservés et la destination du bois retiré. La disposition la plus directement pertinente pour le secteur de Lacanau, du Porge et de Sainte-Hélène est la suivante :

« À Castelnau, les éclaircissements commencent à 10 ans, et cessent quand les pins ont 20 ans. Au dernier, on en laisse 300 par hectare. » (p. 21 ; PDF p. 23.)

Pour Saint-Laurent, le livre indique le début des éclaircies « à 7 ou 8 ans », l'emploi du bois pour faire de la latte, un nouvel éclaircissement l'année suivante et d'autres opérations plus tard, notamment vers quinze à dix-huit ans (p. 21-22). Il ne fixe pas de nombre unique de pins restants. La comparaison est instructive sans être quantitative à l'échelle communale : dans les deux cantons, la gestion des jeunes plantations occupe plusieurs années avant l'exploitation régulière de la résine.

L'exemple du canton de Lesparre, géographiquement voisin mais différent, détaille encore davantage ce travail : premier éclaircissement vers huit ans, poursuite tous les cinq ans jusqu'à quarante ans, diminution progressive d'un peuplement initial élevé et objectif final de trois cents pins par hectare (p. 22). Il serait faux de reprendre ces âges comme ceux d'Hourtin ou de Lacanau, puisque la règle est explicitement donnée pour Lesparre.

L'arbre à exploiter ou à conserver : une distinction juridique et sylvicole

Le document oppose constamment les pins d'éclaircissement, destinés à disparaître, aux pins de place, conservés pour constituer le peuplement. Cette distinction règle parfois l'âge de gemmage et les droits de l'usufruitier. Dans le canton de Lesparre, les arbres d'éclaircissement peuvent être résinés dès quinze ans, tandis que les pins de place attendent quarante ans (p. 26). Cette règle ne figure pas sous la rubrique de Castelnau, où l'âge minimal indiqué est de vingt ans pour commencer l'extraction (p. 25).

Une autre section (p. 23-24) traite de l'abattage des futaies et de la différence entre usufruitier et nu-propriétaire. Ainsi, à Lesparre, l'usufruitier ne peut abattre que les arbres nécessaires aux réparations des bâtiments soumis à son usufruit (p. 24). Il ne s'agit pas d'un droit général accordé aux habitants sur la forêt communale ; le rapport juridique examiné est celui du propriétaire et de la personne qui jouit d'un bien dont elle n'est pas pleinement propriétaire.

III. Le gemmage : quand peut-on entailler le pin ?

La rubrique intitulée « Extraction de la résine » (p. 24-27) est une source centrale pour l'histoire des Landes. Elle montre que l'exploitation des arbres obéit à des seuils et à des limitations destinés, selon les cas, à préserver la croissance ou à tirer un produit d'arbres appelés à être abattus.

« À Castelnau, l'extraction de la résine commence quand les pins sont âgés de 20 ans au moins. » (p. 25 ; PDF p. 27.)

« À Saint-Laurent, cette opération ne peut avoir lieu que lorsque les pins ont 25 ans. L'arbre reçoit d'abord une carre et on en augmente ensuite le nombre et les dimensions, suivant sa force. » (p. 26 ; PDF p. 28.)

Dans le canton de Lesparre, le livre distingue un gemmage à partir de quinze ans sur les arbres destinés à être ôtés par les éclaircies, et à partir de quarante ans sur les pins de place (p. 26). À Audenge, le livre mentionne une première carre puis deux quand l'arbre est en plein rapport, sans dépasser deux (p. 24). À La Teste, il fournit des mesures de circonférence et de largeur des carres (p. 27). Ces exemples illustrent la diversité des usages observés dans le département ; ils ne sont pas des règles locales de Lacanau ou de Carcans.

Le mot carre désigne ici l'entaille ou surface de l'arbre travaillée pour faire couler la résine. Le texte fournit donc non seulement des indications d'âge, mais aussi des contraintes sur le nombre et la progression des entailles, dont la portée peut être économique : une exploitation immédiate et intensive n'est pas toujours autorisée à l'usufruitier.

IV. Résiniers et propriétaires : qui fournit quoi, qui reçoit l'argent ?

La rubrique « Prixfaiteurs, bordiers-vignerons, résiniers et autres ouvriers travaillant à forfait » (p. 102-106) expose des usages professionnels indépendants de la seule gestion des arbres. Elle distingue l'emploi, la fourniture du matériel, la vente du produit et son partage.

Le passage le plus directement rattachable au canton de Lacanau, Le Porge et Sainte-Hélène est celui-ci :

« À Castelnau, les résiniers fournissent leur travail et les outils nécessaires à l'extraction de la résine. Le propriétaire achète à ses frais exclusifs les pots et accessoires. Le prix de la résine est partagé par moitié. » (p. 105 ; PDF p. 107.)

Trois faits sont réunis dans ces phrases : l'ouvrier apporte son activité et les instruments d'extraction ; le propriétaire finance les récipients ; le prix du produit est ensuite partagé à égalité. Le livre ne précise pas, pour Castelnau, la durée du contrat ou le choix du négociant acheteur. Il ne faut donc pas importer ici les usages d'un autre canton.

À Lesparre, la formule est conditionnelle :

« À Lesparre, il a également la moitié du prix de la résine, si le prix de la barrique ne dépasse pas 50 francs. » (p. 105 ; PDF p. 107.)

Le texte ne dit pas, dans ce passage, quel partage s'applique au-delà du seuil de cinquante francs. L'absence de règle complémentaire dans l'extrait doit être conservée, plutôt que comblée par une hypothèse.

Les contrats diffèrent ailleurs. À Audenge, le résinier travaille pendant une année de février à janvier ; le congé doit être donné à la Saint-Michel, le 29 septembre (p. 104). À Belin, la période commence en février, le congé se donne trois mois avant et la rémunération atteint la moitié du prix de la résine (p. 104). À La Brède, l'engagement n'a pas de durée déterminée ; certains propriétaires accordent cinq centimes pour la mise en gemme de pins encore non exploités et effectuent une retenue liée à l'achat ou à la casse des pots (p. 105). Ce sont des témoignages de variabilité locale, non des règles à attribuer aux cinq communes étudiées.

À Saint-Symphorien, le propriétaire choisit et effectue la vente, encaisse la recette et en attribue la moitié au résinier ; il fournit les pots tandis que leur casse et leur entretien restent à la charge de l'ouvrier. Le métayer assure le transport de la part du maître jusqu'à l'usine, et l'acheminement de celle du brassier donne lieu à une indemnité par barrique (p. 105-106). Cette organisation donne à voir les étapes de transformation d'une résine extraite sur l'arbre en une marchandise prise en charge par un industriel. Elle n'établit pas que toutes les usines de Gironde utilisaient les mêmes procédures.

V. Les communaux, la vaine pâture et le droit de glaner

Ce que désigne exactement le parcours

Le texte rappelle la législation de 1791 sur les servitudes réciproques de parcours, les règles de vaine pâture et la nécessité de titres, de lois ou d'usages reconnus (p. 33-34). Sa propre enquête conclut que le parcours réciproque entre paroisses est rare dans le département, sauf cas expressément cités autour de La Teste et de quelques autres communes (p. 34). Il faut séparer ce droit particulier de la vaine pâture, c'est-à-dire de l'accès des troupeaux à certains fonds ouverts après les récoltes.

Castelnau : les champs moissonnés et non clos

« Dans le canton de Castelnau, la vaine pâture est pratiquée sur les champs moissonnés et ouverts, dans les deux jours qui suivent l'enlèvement de la récolte. » (p. 35-36 ; PDF p. 37-38.)

La suite indique aussi le glanage et le râtelage comme usages encore pratiqués dans ce canton (p. 37). Il ne faut pas confondre ces pratiques avec la propriété collective du sol : un droit de pâture ou de glanage peut exister à certaines conditions sur des champs appartenant à des particuliers. L'enquête n'indique pas que tous les habitants de Lacanau pouvaient circuler librement dans toutes les propriétés privées.

Saint-Laurent et Lesparre : pacage dans les propriétés communales

Pour ces deux cantons, le recueil précise une autre situation :

« À Captieux, la vaine pâture n'existe, comme d'ailleurs à Lesparre et Saint-Laurent, que sur les propriétés communales. » (p. 35 ; PDF p. 37.)

« Dans les cantons de Lesparre et de Saint-Laurent, une taxe est également établie pour le pacage dans les terrains communaux. » (p. 37 ; PDF p. 39.)

Ces deux phrases ont une valeur particulière pour la recherche sur Carcans et Hourtin : elles montrent que les terres communales pouvaient rester le support d'un usage d'élevage, éventuellement contre redevance. Le document ne fournit ni montant de la taxe pour ces cantons, ni plans de parcelles, ni liste des ayants droit. Il ne démontre pas non plus à lui seul une vente, une dépossession ou une disparition des communaux entre deux dates.

Un exemple voisin : les nouveaux semis soustraits aux troupeaux

Dans le canton de Belin, la vaine pâture porte sur les propriétés communales, sauf les nouveaux semis de pins ou les bois non encore défensables ; quand les terrains sont ensemencés, le maire interdit d'y envoyer les troupeaux et un signalement par échalas et paille protège les semis (p. 34-35). Il s'agit d'un exemple comparatif, non d'une scène décrite à Lacanau. Il permet néanmoins de comprendre le conflit pratique entre l'élevage et les jeunes plantations : l'usage pastoral et la mise en culture forestière peuvent porter sur le même sol sans pouvoir être exercés simultanément.

VI. Métayers, colons, brassiers : distinctions indispensables

Un constat de 1885 sur le colonage partiaire

À la page 70, le document donne une définition et formule un constat géographique très net :

« Le colonage partiaire n'est à proprement parler ni un bail à ferme, ni une société ordinaire ; mais il participe du caractère de l'un et de l'autre de ces contrats. » (p. 70 ; PDF p. 72.)

« Il est fort répandu dans le département de la Gironde ; l'arrondissement de Lesparre est le seul dans lequel ce mode d'exploitation des propriétés rurales ne soit pas en usage. » (p. 70 ; PDF p. 72.)

Ce texte distingue le fermier, qui paie un fermage, du colon partiaire, qui partage les produits de l'exploitation suivant les conditions de son accord. Il faut aussi distinguer le résinier rémunéré sur la moitié du prix de la résine, dont l'existence est expressément attestée à Lesparre même (p. 105), du colonage agricole partiaire évoqué p. 70. Il n'y a donc pas contradiction nécessaire : les deux expressions ne désignent pas la même forme de contrat.

Important pour la géographie. En 1885, le canton de Castelnau — dont relevaient Lacanau, Le Porge et Sainte-Hélène — était encore rattaché à l'arrondissement de Bordeaux. Les indications sur l'arrondissement de Lesparre ne concernent donc pas uniformément les cinq communes demandées. Pour Carcans et Hourtin, relevant de Saint-Laurent, elles fournissent un contexte d'arrondissement, mais elles ne constituent pas un recensement des contrats individuels de ces villages.

L'exemple très concret du métayer-résinier de Belin

Dans le canton de Belin, le recueil précise que le métayer est « en même temps résinier ou berger », puis explique sa prise de possession, la durée du bail, l'organisation des travaux et le partage de la résine (p. 71-72). Le passage fondamental sur la vente mérite d'être conservé :

« Le métayer cultive les terres labourables, fait résiner les pins, ramasse les récoltes de toute nature. Le propriétaire a le choix de l'industriel auquel la résine est vendue ; il reçoit seul le prix de ce produit et doit compte de la moitié à son métayer. » (p. 72 ; PDF p. 74.)

On y voit un rapport asymétrique : le propriétaire conserve le contrôle de la commercialisation, tandis que le métayer reçoit la moitié du produit économique convenu. La page ajoute que les réparations sont en principe à la charge du propriétaire, sauf faute imputable au métayer ; elle règle aussi les engrais, les pailles et la préparation des cultures à la sortie. Cet exemple de Belin est précieux pour comprendre la catégorie métayer-résinier, mais ne doit pas être présenté comme une coutume explicitement décrite à Carcans.

Le partage agricole n'est pas uniforme, même dans les autres cantons

Le recueil consacre les p. 83-94 aux récoltes, au bois de chauffage, aux obligations et aux impôts dans les métairies. À Belin, les premières récoltes de grains peuvent être partagées par moitié, mais la seconde récolte sur une même terre conduit à une part de deux tiers pour le métayer et d'un tiers pour le propriétaire (p. 83). À Saint-Symphorien, le partage est également variable selon les cultures (p. 84). Le colon peut être astreint à curer les fossés, entretenir les haies, fournir le travail nécessaire au transport ou remettre des volailles et des œufs au propriétaire (p. 90-91). Les règles locales matérialisent des obligations très précises ; aucune ne doit être transposée en dehors du canton qui l'énonce.

Le brassier, un travailleur distinct du métayer

Le brassier, décrit aux p. 94-95 surtout dans le canton de Saint-Symphorien, est un petit colon qui cultive à la force de ses bras une portion d'exploitation appelée brasserie. Il habite sur place, n'a pas la responsabilité du gros bétail et partage certaines récoltes avec le propriétaire. Le métayer doit transporter pour lui fumier, litière, récoltes et parfois la part de résine ; le brassier fournit de son côté des journées de travail, notamment lors des foins et de l'entretien des bruyères. La qualité de berger, souvent exercée en plus, reste juridiquement et économiquement distincte (p. 94-95). Là encore, ce n'est pas une observation propre aux communes médocaines du dossier.

VII. L'eau, les fossés, les limites des parcelles

Des fossés entretenus, et pas seulement creusés

La section sur les canaux et rivières non navigables (p. 32-33) cite des règles d'entretien, de financement et des syndicats. À Saint-Laurent, elle évoque d'anciens statuts dans quelques villages non nommés : un syndic convoquait les intéressés et dirigeait les travaux de récurement des canaux ou fossés de grand écoulement. La référence à l'enquête de 1855 est explicite (p. 33).

Dans la rubrique « Curage des fossés » (p. 110-111), le recueil indique :

« À Auros, le curage a lieu tous les ans et à frais communs. Il en est de même à Bazas, à Belin, à Castelnau, à Saint-Laurent. » (p. 110 ; PDF p. 112.)

Le texte précise que les fossés mitoyens sont entretenus à frais communs et que les terres extraites sont partagées par moitié (p. 111). Pour Lesparre, les fossés de coulage doivent demeurer en bon état, le curage étant habituellement réalisé tous les deux ou trois ans (p. 110-111). Les auteurs décrivent ainsi une obligation d'entretien répétée, sans pour autant fournir un plan des réseaux de drainage de Lacanau ou d'Hourtin.

Les berges comme limites et servitudes

Dans les pages consacrées aux fossés et aux mares (p. 106-110), plusieurs termes sont enregistrés : berge, franc-bord, servitude, douve, galochée ou cousleyre. Le recueil donne pour le canton de Saint-Laurent le terme cousleyre ou galochée, avec largeur adaptée à la profondeur du fossé (p. 108). À Lesparre, la lisière est fixée à cinquante centimètres, avec des indications sur l'inclinaison des talus (p. 109). Aucun chiffre particulier n'est formulé pour Castelnau dans ce sous-paragraphe : le curage du canton y apparaît ailleurs.

Terres des chemins : une ressource matérielle

Dans les cantons dont Castelnau, les propriétaires riverains sont autorisés à enlever sans rémunération les terres provenant du curage des fossés des chemins et les raclures des voies publiques (p. 57). À Saint-Laurent, en revanche, cet enlèvement requiert une autorisation administrative (p. 57-58). Ces usages montrent que les matières retirées des chemins et fossés sont considérées comme un produit utilisable, soumis à des droits et restrictions variables.

VIII. Chemins, charrettes et bandes de manœuvre : vocabulaire et mesures

La partie finale du recueil distingue les bandes laissées au bout des champs pour tourner avec les attelages et les passages utilisés pour la circulation des animaux et des charrettes (p. 117-120).

« À Castelnau, les bandes de terrain dont s'agit ont une largeur de 4 mètres et se nomment bessenier ou capvirade, mais la dénomination de bessenier est plus usitée. » (p. 118 ; PDF p. 120.)

À Saint-Laurent, ces bandes, appelées bessanier ou capvirade, sont fournies par moitié par les voisins riverains (p. 119). À Lesparre, la capoirade ou le sentier est indiqué avec une largeur de quatre mètres dans ce même passage (p. 119).

Pour le passage avec attelage, le texte est chiffré : 2,50 mètres à Castelnau, 3 mètres en ligne droite et 7 mètres dans les tournants à Saint-Laurent, 4 mètres dans les palus et de 2,66 à 3 mètres ailleurs à Lesparre (p. 120). Ces cotes décrivent des usages de circulation agricole au XIXe siècle ; elles ne sont ni des normes actuelles de voirie ni une mesure de chemins particuliers de Lacanau.

La précision de ces règles est intéressante : le travail rural ne s'exerçait pas seulement à l'intérieur des parcelles, il supposait un usage négocié des bordures, des chemins, des retournements et des passages entre héritages.

IX. Baux, congés, loyers : une géographie contractuelle complémentaire

Même si ce n'est pas le thème central des pins, certains éléments contractuels éclairent l'organisation sociale des communes. Les maisons non meublées du canton de Castelnau sont réputées louées à l'année en l'absence d'autre accord (p. 48). Le délai de congé est normalement de trois mois pour les maisons (p. 50), avec des adaptations selon la périodicité de location (p. 50-51). Le délai commence au jour où le congé est donné dans le canton de Castelnau et à Lesparre, alors que pour Saint-Laurent d'autres modalités de point de départ sont décrites (p. 51). Les loyers des cantons de Castelnau, Saint-Laurent et Lesparre sont payés à terme échu (p. 53).

Les domestiques attachés au service des personnes y sont généralement engagés à l'année (p. 96) ; à Castelnau et Saint-Laurent le délai de congé indiqué est de huit jours et à Lesparre il peut être d'un ou trois mois (p. 96-97). Ces usages concernant les domestiques ne doivent pas être confondus avec le contrat du résinier ni avec celui du colon partiaire.

Pour les baux de terres exploitées en fermage, le document indique à Saint-Laurent la cessation après récolte sans congé préalable (p. 61). Cela ne prouve pas que tel métayer-résinier d'Hourtin devait quitter son logement au même moment : les catégories contractuelles et les stipulations précises peuvent être différentes.

X. Les mots importants du document

Usufruitier. Titulaire du droit de jouir d'un bien et d'en recueillir certains produits, dans les limites des droits du propriétaire et des usages ; à distinguer de l'habitant jouissant d'un commun.

Nu-propriétaire. Propriétaire du bien démembré, distinct de l'usufruitier. Plusieurs règles d'abattage ou de replantation cherchent à préserver le capital forestier.

Pin de place. Pin conservé après éclaircie ; il entre dans la composition du peuplement définitif. À opposer au pin d'éclaircissement promis à l'enlèvement.

Carre. Surface d'entaille pratiquée sur le tronc pour recueillir la résine ; le texte règle son âge d'ouverture, parfois son nombre, sa largeur et sa progression.

Résinier. Travailleur chargé de l'extraction de la résine. Ses outils, pots, indemnités et parts de recettes varient d'un canton à l'autre.

Colonage partiaire. Forme de faire-valoir indirect dans laquelle une exploitation est confiée moyennant partage des fruits ; à distinguer du fermage en argent ou en nature.

Métayer-résinier. Métayer chargé aussi du gemmage dans des secteurs où les deux fonctions sont réunies, notamment dans l'exemple de Belin, p. 71-72.

Brassier / brasserie. Travailleur rural à bras et fraction d'exploitation qui lui est confiée, décrits notamment dans l'exemple de Saint-Symphorien, p. 94-95.

Vaine pâture. Pratique de pâturage autorisée, selon les lieux, sur des champs ouverts après récolte ou sur des biens communaux ; elle ne signifie pas en elle-même propriété commune du sol.

Parcours. Servitude de pâture réciproque entre communautés, distincte de certaines pratiques de vaine pâture ; sa reconnaissance est juridiquement encadrée.

Glanage / râtelage. Récupération de produits restés après l'enlèvement principal de la récolte, selon les usages de chaque canton.

Bessenier / bessanier / capvirade / capoirade. Bandes de terrain ou passages ménagés pour tourner ou circuler avec les attelages ; les appellations et les largeurs varient selon les localités (p. 118-120).

Galochée / cousleyre / franc-bord. Bande ou lisière séparant un fossé de l'héritage voisin et servant aux limites ou à l'entretien (p. 107-109).

Fossé de coulage / grand fossé d'écoulement. Fossé assurant le mouvement des eaux ; son curage peut relever d'obligations collectives particulières (p. 110-111).

XI. Index de consultation directe des passages les plus pertinents

SujetRéférence impriméePage du PDF transmisÉchelle ou lieu cité
Bois taillis, essences et coupes14-1816-20Castelnau, Lesparre et autres cantons
Éclaircissements des jeunes pins20-2322-25Castelnau, Saint-Laurent, Lesparre
Abattage et usufruit des pins23-2425-26Lesparre et autres cantons
Âge et modalités du gemmage24-2726-29Castelnau, Saint-Laurent, Lesparre
Curage de canaux, syndics et statuts anciens32-3334-35Saint-Laurent, Saint-Vivien, Lesparre
Parcours, pâture, glanage, communaux33-3735-39Castelnau, Saint-Laurent, Lesparre
Locations d'habitation et congés47-5349-55Cantons médocains
Raclures de chemins et terres de fossés57-5859-60Castelnau, Saint-Laurent, Lesparre
Bail à ferme : durée, congé59-6361-65Saint-Laurent et autres cantons
Colonage partiaire : existence, définition70-7172-73Gironde, arrondissement de Lesparre
Métayer-résinier et vente de la résine71-7273-74Belin (comparaison)
Cheptel, partages, bois, redevances, impôts78-9480-96Cantons girondins étudiés dans l'ouvrage
Brassier, brassage, transport de résine94-9596-97Saint-Symphorien (comparaison)
Domestiques : engagement et congés96-9898-100Castelnau, Saint-Laurent, Lesparre
Résiniers : contrat et partage de recettes104-106106-108Castelnau, Lesparre, autres cantons
Fossés, berges, distances, curages106-111108-113Saint-Laurent, Castelnau, Lesparre
Barriques de résine, volumes113-114115-116Audenge, Belin, Captieux, autres cantons
Virades, bandes de manœuvre, chemins117-120119-122Castelnau, Saint-Laurent, Lesparre

XII. Ce que le livre ne permet pas d'affirmer

Il ne fournit aucune délibération municipale propre à Lacanau, Carcans, Hourtin, Le Porge ou Sainte-Hélène. Il ne fournit ni superficies de communaux vendus dans ces communes, ni identité des acquéreurs, ni quantité de résine produite commune par commune, ni liste des entreprises privées ayant bénéficié de ces ventes. On ne peut donc pas l'utiliser seul pour chiffrer une dépossession foncière ni pour dater le changement de régime de propriété dans chacun de ces territoires.

Il ne permet pas non plus de déduire que des pins auraient spontanément asséché les marais : son objet est celui des règles civiles et des pratiques coutumières d'exploitation. En revanche, il documente matériellement l'existence des fossés, leur entretien régulier et les obligations humaines de gestion de l'eau.

Enfin, une règle d'usufruit sur le gemmage, un contrat de travail de résinier et une vente de forêt communale sont trois objets distincts. Les rapprocher peut enrichir une étude foncière, à condition de ne pas les confondre.

XIII. Où consulter ce document : références institutionnelles

Document original analysé : Usages locaux du département de la Gironde, publiés en exécution de deux délibérations du Conseil général de la Gironde et de la Commission départementale. Bordeaux, Féret et fils, 1885. Le PDF fourni comporte 130 pages de reproduction numérique, avec une pagination imprimée distincte.

  • Université Bordeaux Montaigne, édition numérisée du volume : https://1886.u-bordeaux-montaigne.fr/files/original/99e9c52d0400d20c2bc51ecf1a11f13d68d3add8.pdf
  • Légifrance, décret du 14 novembre 1936 sur l'appellation « Médoc » (source complémentaire pour les anciens cantons de Carcans, Hourtin, Lacanau et Le Porge) : https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/LEGIARTI000020218532/1936-11-16/
  • Catalogue général de la Bibliothèque nationale de France (recherche de notices et autres éditions) : https://catalogue.bnf.fr/
  • Archives départementales de la Gironde (pour rechercher ensuite les enquêtes de 1855, les actes et les délibérations locales) : https://archives.gironde.fr/

Limite du présent dossier : cette sélection est une transcription critique et thématique des passages pertinents du document de 1885, avec des comparaisons explicitement signalées. Elle ne remplace pas une vérification d'acte original lorsqu'on cherche à établir un droit sur une parcelle ou la propriété d'un terrain.

Repères du document

RepèreInformations
AuteursCommission départementale de la Gironde
Année1885
TypeBook
Langue du documentfr
DOInon identifié
CatégorieHistoire rurale et foncière
TÉLÉCHARGER LE LIVRE PDFTélécharger le document originalPDF · 31,2 Mo · 6 téléchargements