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Sylviculture girondine sous Napoléon III : communaux, drainage et fortunes du pin — Albert Charles
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Sylviculture girondine sous Napoléon III : communaux, drainage et fortunes du pin — Albert Charles

LACANAUOCEAN.COM / VILLE CIBLE

Le document en 10 lignes

Que devient une région lorsqu'un réseau de fossés, des routes et des chemins de fer rendent possible la plantation de pins sur des terres jusque-là difficiles à exploiter ? Albert Charles examine cette question à l'échelle de la Gironde sous le Second Empire. Son article de 1964 suit la transformation des landes communales et privées, les expériences de drainage, les grands investissements forestiers, le commerce de la résine et du bois, puis les conséquences qu'il attribue à cette évolution sur les finances municipales, le logement et la santé. Il consacre un développement particulièrement documenté aux étangs d'Hourtin et de Lacanau et aux travaux conduits par les propriétaires Clerc et Tessier.

Le récit ne commence pas directement par les pins : Charles décrit d'abord les autres arbres utilisés dans l'économie girondine, puis la situation des Landes au début du règne de Napoléon III. Il restitue ensuite le rôle des techniques hydrauliques et des grands propriétaires, le tournant de la loi du 19 juin 1857, les routes agricoles et les bénéfices imprévus que procura la guerre de Sécession américaine. Ses appréciations sur la prospérité et le progrès appartiennent au regard qu'il porte, en 1964, sur cette période historique.

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Sommaire

Résumé complet

Le bois dans l'économie girondine avant la grande transformation

Albert Charles présente son étude comme le troisième volet d'une enquête sur la vie rurale en Gironde sous le Second Empire, après la viticulture et l'agriculture. Si la vigne demeure, dans sa présentation, la grande source de richesse du département, les transformations forestières méritent presque autant d'attention : sur une partie du territoire, elles auraient provoqué un accroissement considérable des revenus. L'auteur précise cependant que les grandes plantations landaises ont déjà été étudiées par de nombreux historiens, géographes et ingénieurs ; son ambition est d'en proposer une synthèse historique accessible, tout en attirant l'attention sur des boisements moins connus (p. 225-226).

Avant de rejoindre les dunes et les landes sableuses, Charles rappelle l'omniprésence pratique du bois. Il chauffe les maisons rurales et urbaines, alimente les cuisines et les ateliers, fournit les matériaux des menuisiers et des charpentiers. Les bois de feuillus, chênes et châtaigniers notamment, restent présents dans la Gironde non landaise. L'auteur souligne les limites des données disponibles : lorsqu'il estime les feuillus à quelque 80 000, voire 90 000 hectares pour la période étudiée, il s'agit d'une reconstitution prudente, non d'un relevé exact tiré du cadastre de l'époque (p. 226-227).

Deux cultures arborées sont étroitement liées à l'économie du vin. Le robinier, appelé couramment faux acacia, fournit des échalas appréciés des vignerons parce qu'ils durent davantage que ceux de châtaignier. Charles situe le développement de cette essence dans les Graves, tout en rappelant les efforts d'agronomes du XVIIIe et du début du XIXe siècle pour en faire connaître les avantages. Selon le rendement qu'il rapporte, un hectare pouvait fournir 4 500 échalas. À l'inverse, les oseraies reculent lorsque les cercles de fer remplacent progressivement les liens végétaux des fûts. Certains propriétaires avaient installé ces oseraies sur des terrains très humides : le maire de Bordeaux Antoine Gautier en possédait au Bouscat. La disparition des marais à sangsues, ancien complément de revenus, et les assèchements entrepris en vue d'opérations foncières dans la banlieue de Bordeaux participent également au recul de ces productions (p. 227-229).

Ce début de l'article fournit ainsi plusieurs exemples de milieux boisés ou humides dont l'utilité dépend des besoins économiques du moment. Il montre également que la sylviculture girondine ne se résume pas à l'histoire du pin maritime. Charles reconnaît toutefois que les documents concernant les forêts de la Double et du Blayais restent insuffisants pour décrire précisément leur extension historique (p. 229-230).

Des landes immenses, des communaux étendus et quelques très grands domaines

Au début du Second Empire, Charles situe les Landes de Gascogne dans un vaste espace qui s'étend de la pointe de Grave à l'Adour. Pour la Gironde, il rapporte plus de 410 000 hectares de landes et de pinèdes, soit environ 45 % du département selon la statistique qu'il utilise. Il décompose ensuite cette emprise par arrondissements : environ 270 000 hectares dans celui de Bordeaux, 83 000 dans celui de Bazas et 55 000 dans celui de Lesparre (p. 230-231). Ces chiffres reflètent les catégories foncières et les sources mobilisées par l'auteur, non les superficies forestières mesurées aujourd'hui.

Une large part de ces terres appartient aux communes. Le Conseil général évalue à 130 000 hectares les landes communales girondines, réparties entre soixante-dix communes en 1852. Les cas locaux sont saisissants : Hourtin disposerait de 10 450 hectares de landes communales, Sainte-Hélène de 8 000, Carcans de plus de 7 500, Le Porge de plus de 4 000 et Lacanau de plus de 2 000. Ces terrains constituent notamment des parcours pastoraux. À côté de ces biens collectifs existent de vastes possessions particulières, d'une tout autre échelle que les petites parcelles labourables (p. 231-232).

Charles nomme plusieurs acteurs de cette grande propriété. Chambrelent acquiert 500 hectares à Saint-Alban, sur la commune de Cestas, pour ses expériences ; Léopold Javal possède 2 870 hectares dans la région d'Arès ; Émile Péreire achète 3 250 hectares à Caudos. Plus au nord, Clerc détient environ 6 000 hectares entre le bassin d'Arcachon et l'étang de Lacanau, tandis que Tessier est propriétaire d'environ 7 000 hectares dans la commune de Lacanau. L'auteur cite aussi M. Léon, qui possède entre 9 000 et 10 000 hectares entre les cantons de Lesparre et Captieux. Il mentionne enfin l'achat impérial de 47 000 hectares dans le département des Landes pour le domaine de Solférino en 1859, cas qu'il présente comme exceptionnel (p. 232).

Il distingue de ces terres intérieures les dunes littorales et leurs dépressions, les « lettes ». Ces dernières, humides et couvertes de végétation aquatique, se prêtent mal à la plantation du pin. Charles rapporte l'appréciation de l'ingénieur Malaure, pour lequel elles sont trop humides pour que les pins y prospèrent. Au 31 décembre 1852, ce dernier estime à 51 700 hectares l'ensemble des dunes et lettes de Gironde, dont 17 200 hectares de dunes et 1 300 hectares de lettes déjà ensemencés et fixés. Les travaux de fixation utilisent également des palissades destinées à construire une dune protectrice au contact de la plage (p. 232-233).

Le paysage, les routes et les conditions d'existence décrits par Charles

Dans sa description de la lande au début des années 1850, Charles reprend longuement les témoignages de Chambrelent et de voyageurs. L'épaisseur des sables, l'alios et la faible pente freinent l'écoulement des eaux. Durant la saison humide, de nombreuses étendues restent inondées ; l'été, le sol s'assèche. Les pins se développent surtout sur les parties surélevées. Charles associe à cette alternance les difficultés de circulation : avant l'empierrement, le trajet Bordeaux–La Teste aurait exigé jusqu'à quinze heures pour cinquante kilomètres. Les grands fossés construits le long du chemin de fer et de la route ont ensuite contribué, selon lui, à l'évacuation des eaux (p. 233-235).

L'auteur décrit aussi les étangs d'Hourtin et de Lacanau, les ceintures de roseaux, la chasse au gibier d'eau et la fréquentation difficile des rives. Il rapporte le témoignage de médecins au sujet des fièvres et de la mauvaise qualité des eaux de boisson. Dans les communes de Carcans et d'Hourtin, l'approvisionnement pharmaceutique impose parfois le déplacement jusqu'à Pauillac. La pellagre, l'insuffisance alimentaire et les logements précaires prennent une place importante dans sa description. Ces pages empruntent explicitement au vocabulaire des contemporains, dont les jugements dépréciatifs sur la population locale sont repris dans la perspective historique de Charles (p. 235-237).

Pour autant, son propre tableau indique une économie déjà active. Il évalue à près de 370 000 têtes les ovins des trois arrondissements forestiers, souligne la présence du gemmage dans les pinèdes existantes, et mentionne les mines de fer des landes, les forges de Lège, Biganos et Béliet, ainsi que la pêche et les activités d'Arcachon. Cette économie ne se confond pas avec celle que le grand boisement installera, mais elle précède bien les transformations du Second Empire (p. 237-240).

Avant 1857 : expérimentations, investissements et échecs

Charles accorde une place aux projets antérieurs. Il rapporte d'abord une anecdote, située à la fin du règne d'Henri IV, sur des Morisques expulsés d'Espagne qui auraient proposé d'exploiter leur savoir-faire en matière de drainage pour s'installer dans les Landes ; il la présente comme une occasion manquée. L'auteur revient ensuite sur Guillaume Desbiey, auteur de mémoires sur les dunes et l'utilisation des landes dans les années 1770, puis sur Brémontier et les travaux de fixation commencés à la fin du XVIIIe siècle. Il reproche aux gouvernements successifs le manque de crédits affectés à ces opérations (p. 240-241).

Dans les années 1830 apparaissent des initiatives privées bordelaises. La Compagnie des Landes envisage un canal reliant l'étang de Mimizan au bassin d'Arcachon pour drainer le pays et transporter bois et résines. Les difficultés la conduisent à ne réaliser que la liaison de Cazaux à La Teste. Charles insiste cependant sur un effet économique important : là où le bois peut atteindre un marché, la valeur des terres forestières augmente. En 1837, la Compagnie agricole et industrielle d'Arcachon achète 20 000 hectares à très bas prix, entre 10 et 20 francs l'hectare, mais tente des semis sans drainage préalable. Les jeunes arbres ne résistent pas aux conditions saisonnières. L'entreprise se tourne alors vers la riziculture, à partir de l'eau du canal de Cazaux ; Charles rapporte qu'en 1853 près de 400 hectares de rizières produisent 26 hectolitres par hectare (p. 241-243).

Les concessions de communaux tentées après 1848 en faveur de travailleurs ou de paysans modestes n'obtiennent pas davantage les résultats espérés par l'auteur. Charles en attribue l'échec à l'insuffisance des moyens financiers et techniques des bénéficiaires : posséder une parcelle ne suffit pas à financer les travaux nécessaires pour la transformer (p. 243).

Chambrelent : l'eau doit partir avant que les pins puissent pousser

Le récit s'organise ensuite autour de Chambrelent. Ingénieur des Ponts et Chaussées installé en Gironde, il comprend selon Charles qu'il faut organiser le drainage du plateau en utilisant une pente faible mais réelle, tournée selon les secteurs vers les étangs, le Ciron ou la Leyre. Des fossés collecteurs recevraient les rigoles secondaires. En 1849, il acquiert le domaine de Saint-Alban à Cestas et y réalise cette expérience à ses frais. Les fossés principaux mesurent de un à trois mètres de largeur, les fossés secondaires environ 80 centimètres ; leur profondeur se situe autour de 60 à 70 centimètres. Sur ce terrain difficile, les travaux coûtent environ 25 francs par hectare, puis l'expérience acquise permettra de descendre à une moyenne de 8,50 francs selon les chiffres présentés (p. 243-244).

L'ordre des opérations est décisif dans l'explication de Charles : les terrains sont drainés, puis semés en pins et en chênes. Il attribue l'échec des tentatives antérieures au séjour trop long de l'eau sur les jeunes semis, suivi du soleil estival. En 1855, les plantations de Saint-Alban sont suffisamment développées pour attirer l'attention de l'Exposition universelle ; l'auteur situe à la suite de cette reconnaissance la validation du projet qui mène à la loi de 1857. Les propriétaires voisins et des investisseurs institutionnels l'imitent. La Compagnie générale d'assurances sur la vie achète 3 200 hectares voisins ; Haussmann acquiert un domaine à Cestas, Javal travaille à Arès, Péreire à Caudos (p. 244-245).

Chambrelent cherche aussi, dans l'exposé de Charles, une solution pour l'eau de boisson. Des puits filtrants plus profonds atteignent une autre nappe et sont protégés contre les infiltrations superficielles. Un premier essai est réalisé à Biganos en 1856, puis d'autres puits sont aménagés à Belin, Facture, Le Barp, La Teste, Arcachon, Hostens et, en 1858, à Cestas, au Porge, à Carcans, Hourtin, Sainte-Hélène et Maucaj. L'auteur relie ces équipements et les travaux hydrauliques à une amélioration des indicateurs sanitaires (p. 245-246).

La loi du 19 juin 1857 et la vente des communaux

La loi de 1857 constitue le pivot politique de l'article. Elle oblige les communes des Landes et de Gironde à assainir et mettre en valeur leurs landes ; si elles ne peuvent faire face aux dépenses, l'État peut entreprendre les travaux et se rembourser sur les produits forestiers. Albert Charles précise que les communes girondines concernées choisissent de financer elles-mêmes les travaux, en vendant au besoin une partie des terrains collectifs. La préfecture soutient activement ces aliénations (p. 246-247).

Le préfet de Mentque formule explicitement l'argument économique et idéologique de cette politique : il présente la propriété privée comme plus apte à soigner et fertiliser le sol. Dans une autre intervention, il avance que 23 000 hectares de communaux ont été vendus en quatre ans et que leur prix moyen a atteint environ 100 francs par hectare. Charles relève que la hausse du prix tient aussi, selon lui, à la démonstration récente qu'un drainage relativement peu coûteux permet désormais de rentabiliser les landes (p. 247).

Les exemples communaux donnent à cette transformation une mesure concrète. Saint-Jean-d'Illac vend 5 370 hectares, Sainte-Hélène 5 336 sur 7 956, Carcans 3 305 sur 7 617 et Captieux 3 536 sur 4 040. Les recettes et prix moyens sont indiqués précisément dans l'article ; elles permettent de comprendre comment une ressource communale devient un ensemble de propriétés particulières. Charles insiste surtout sur les sommes dégagées pour les budgets municipaux et sur les travaux réalisés ensuite. Les conséquences pour les anciens droits pastoraux ne constituent pas un objet de son enquête (p. 247 et 253).

Les routes agricoles : ouvrir les terres et faire circuler l'eau

La seconde grande mesure de 1857 organise des routes agricoles bordées de fossés. Elles servent simultanément de voies de transport et d'écoulement des eaux. L'État confie à la Compagnie du chemin de fer du Midi, dont Émile Péreire joue un rôle central, la réalisation de quelque 500 kilomètres prévus entre Gironde et Landes. Charles rapporte un coût estimé à 5,3 millions de francs, puis un accord forfaitaire à 4 millions avec la compagnie. Dix routes agricoles sont envisagées en Gironde, reliant notamment Facture à Arès et Beliet, Marcheprime à Saumos ou Hostens, et Pierroton à Saucats (p. 248-250).

Le chemin de fer fournit les matériels et même des voies provisoires pour transporter les graviers. La compagnie utilise 78 kilomètres de rails temporaires, quatre locomotives et environ 400 wagons, d'après les déclarations de Péreire. Les routes facilitent les déplacements, l'écoulement du bois et la circulation des produits résineux. Charles ne dissimule pas les bénéfices que la Compagnie du Midi et ses actionnaires en retirent : l'activité ferroviaire augmente et certains, dont Péreire, ont acheté des terrains à proximité des nouveaux axes (p. 249-250).

Les travaux routiers régionaux commencent avant le vote de la loi. Charles cite notamment la liaison Pauillac–Hourtin et le prolongement vers Lacanau, où l'arrivée de la chaussée fait augmenter les prix du bois. Dans la forêt du Flamand, un bail adjugé pour 4 076 francs en 1849 l'est à 12 500 francs au milieu des années 1850, exemple concret de l'effet des débouchés sur les revenus forestiers (p. 248).

Hourtin, Lacanau, Le Porge : transformer les grands étangs en collecteurs

Au littoral, les fossés du plateau ne suffisent pas : l'eau doit trouver une sortie à travers la chaîne des étangs et des dunes. Charles décrit les projets successifs destinés à relier Hourtin et Lacanau, à abaisser leurs niveaux et à créer un débouché vers le bassin d'Arcachon. Il rappelle qu'un premier schéma dressé par Pairier prévoyait également des canaux navigables et un raccordement vers Lesparre. Plusieurs entreprises concurrentes proposent ensuite des travaux en échange de concessions et de revenus (p. 250-252).

C'est finalement l'association des grands propriétaires Clerc, d'Arès, et Tessier, de Lacanau, qui emporte la concession. Elle propose de mettre en communication les étangs d'Hourtin et de Lacanau par un canal de dix mètres, puis d'évacuer leur trop-plein par un canal de douze mètres vers le chenal de Lège, avec un vannage pour régler les niveaux. Les concessionnaires reçoivent une subvention publique de 60 000 francs et bénéficient du dispositif juridique accordant aux entrepreneurs d'assèchement une part de la plus-value produite par leurs travaux (p. 251-252).

Le décret impérial est signé le 23 juillet 1859. Charles rapporte une scène d'inauguration très précise, le 17 avril 1860 : le préfet et les autorités déjeunent chez Tessier à Lacanau, traversent l'étang en flottille, puis gagnent Arès à cheval pour dîner chez Clerc. Le récit se clôt sur un discours annonçant la disparition prochaine des « Marais Pontins de la Gironde » et le retour des invités à Bordeaux par le train (p. 253).

L'auteur distingue ensuite les résultats de deux secteurs. Au sud de Lacanau, les travaux sont achevés en 1872 : 7 800 hectares auraient été drainés, avec une plus-value évaluée à 1 136 000 francs, dont la moitié revient aux concessionnaires. Charles rapporte une subvention de 60 000 francs, des dépenses de 475 000 francs et un bénéfice final annoncé de 143 000 francs. Au nord d'Hourtin, en revanche, le refus ou le désaccord des propriétaires empêche l'aboutissement de l'opération ; un syndicat manque de capitaux et le projet stagne (p. 254).

Une réserve arithmétique doit être conservée telle quelle dans la lecture du passage précédent : à la page 252, Charles associe l'estimation de 1 200 hectares découverts à une plus-value de 80 francs par hectare et à un total annoncé de 600 000 francs. Les trois valeurs figurent dans le document mais ne se correspondent pas si on les multiplie. La fiche les signale sans inventer de correction ; les données de bilan de 1872, à la page 254, relèvent d'un calcul différent.

La guerre de Sécession : une conjoncture exceptionnelle pour la résine

À peine les infrastructures sont-elles mises en service que survient la guerre de Sécession aux États-Unis. La réduction des exportations américaines de produits résineux donne, selon Charles, un avantage imprévu aux producteurs landais. Le litre de résine, autour de 20 centimes avant la guerre, atteint 60 à 75 centimes ; les brais et colophanes, puis l'essence de térébenthine, connaissent également une forte hausse. Pour un hectare produisant de 500 à 700 litres, Charles avance un revenu pouvant approcher 420 francs dans cette conjoncture. À la fin du conflit, les prix reculent avec le retour de la concurrence américaine, mais les installations et les capacités de production restent accrues (p. 254-255).

Le développement de la filière bois s'appuie parallèlement sur les routes et les rails. Les traverses de chemin de fer sont livrées aux compagnies françaises, exportées vers l'Espagne et l'Angleterre ; à partir de 1867, les poteaux de mine destinés notamment au marché anglais ouvrent d'autres débouchés. Charles rapporte aussi des augmentations des prix du bois de chauffage et de certaines pièces de charpente. Il présente cette diversification des débouchés comme l'une des raisons de la hausse des revenus forestiers (p. 255-256).

Les changements sociaux décrits et la menace des incendies

Dans les dernières pages, Charles suit les effets de cette croissance sur les villages. Les communes utilisent les recettes foncières pour construire ou restaurer des écoles, des mairies et des églises. À Lacanau, Tessier affirme que quarante maisons en pierre se sont élevées dans le seul bourg. L'auteur relève de meilleures conditions d'habillement et de logement, mais reconnaît que la masse des journaliers et des bûcherons reste insuffisamment nourrie et que la consommation de viande demeure réduite. Il insiste sur le recul des fièvres et sur les améliorations sanitaires, appréciations qui s'appuient sur les enquêtes et témoignages de l'époque (p. 256-257).

Une nouvelle vulnérabilité accompagne cependant l'extension des pins : l'incendie. Les locomotives nécessitent des pare-feux ; l'usage du feu pastoral fait l'objet d'accusations ; les assureurs augmentent leurs primes ou refusent des risques. Après un incendie de 2 000 hectares entre Lamothe et Bordeaux en 1869, Charles décrit la création d'une assurance mutuelle réunissant de grands propriétaires, l'Union foncière. La forêt rentable reste donc un investissement exposé à des pertes considérables (p. 257-258).

Les idées fortes

Une mutation économique déjà préparée par des projets anciens

Charles ne commence pas son histoire avec la loi de 1857. Il rappelle les travaux de Desbiey et Brémontier, les initiatives de sociétés privées dans les années 1830, les premières routes et les chemins de fer. L'originalité du Second Empire, selon lui, est de rassembler ces éléments dans un programme de transformation beaucoup plus vaste (p. 240-250).

La question hydraulique précède la question forestière

L'article distingue les sols momentanément inondés des parties déjà drainées où les pins croissent. Les semis ratés de la Compagnie agricole d'Arcachon et les essais de Chambrelent à Saint-Alban montrent, dans le raisonnement de Charles, que le drainage est une condition de la plantation, et non un résultat immédiat de jeunes arbres (p. 242-244).

Une surface communale devenue une réserve de terres à vendre

Avec 130 000 hectares de communaux girondins estimés pour 1852, le potentiel foncier est considérable. La loi oblige les communes à engager les travaux et les ventes leur procurent des capitaux. La politique préfectorale favorise explicitement le transfert vers la propriété particulière, comme l'illustrent les chiffres de Carcans ou de Sainte-Hélène (p. 231-232 et 246-247).

Les grands propriétaires et les compagnies prennent part aux travaux et aux bénéfices

Chambrelent, Clerc, Tessier, Javal, Haussmann et Péreire apparaissent dans l'enquête comme propriétaires, expérimentateurs ou investisseurs. Les concessions hydrauliques et les routes améliorent les terrains et leurs débouchés, mais procurent aussi de la plus-value foncière et des bénéfices aux concessionnaires et aux sociétés de transport (p. 232, 245, 249-250 et 251-254).

L'économie forestière dépend des transports et du marché mondial

Sans routes et chemins de fer, bois et résines restent coûteux à évacuer. Les fluctuations de la demande internationale comptent tout autant : la guerre de Sécession augmente fortement les cours et accélère les investissements. Le progrès décrit n'est donc pas imputé uniquement à l'accroissement des surfaces plantées (p. 248-256).

Le bilan favorable de l'auteur conserve ses limites internes

Charles conclut à une amélioration très importante de la santé et des conditions de vie. Il reconnaît pourtant la sous-alimentation persistante des journaliers, le risque croissant d'incendie et les bénéfices tirés par les détenteurs de grandes propriétés. La conclusion générale reste celle, nettement favorable, qu'il formule lui-même sur l'action du Second Empire (p. 256-259).

Les principaux chiffres

Les valeurs suivantes sont celles publiées par Albert Charles. Elles concernent des territoires, des dates ou des opérations distincts et ne constituent pas un bilan consolidé unique.

DonnéeValeur rapportéeContexte et page originale
Landes et pinèdes en Gironde au début du Second EmpirePlus de 410 000 haGrande catégorie territoriale de l'auteur, p. 231
Landes communales girondines vers 1852130 000 ha dans 70 communesEstimation du Conseil général, p. 231
Communaux d'Hourtin10 450 haLandes possédées par la commune, p. 232
Communaux de CarcansPlus de 7 500 haSituation initiale, p. 232
Domaine de Tessier à Lacanau7 000 haGrande propriété particulière, p. 232
Domaine de Clerc entre Arcachon et Lacanau6 000 haGrande propriété particulière, p. 232
Communaux vendus à Carcans3 305 ha sur 7 617, pour 265 000 FVente présentée p. 247
Communaux vendus à Sainte-Hélène5 336 ha sur 7 956, pour 360 000 FVente présentée p. 247
Coût moyen ultérieur du drainage8,50 F/haSelon Charles après les essais de Saint-Alban, p. 244
Routes agricoles projetées500 km, coût estimé 5,3 millions FGironde et Landes, p. 249
Travaux de Clerc et Tessier, secteur sud7 800 ha drainés ; plus-value de 1 136 000 FBilan à l'horizon 1872, p. 254
Bénéfice annoncé de Clerc et Tessier143 000 FAprès dépenses et subvention, p. 254
Résine pendant la guerre de SécessionJusqu'à 60-75 centimes/litreContre environ 20 centimes auparavant, p. 255
Incendie entre Lamothe et Bordeaux2 000 haÉpisode de 1869, p. 258

Conclusion de l'auteur

Albert Charles présente les années 1852-1870 comme une période de transformation et de prospérité pour les Landes girondines. Il attribue un rôle central à Chambrelent pour le drainage et les puits filtrants, à Clerc et Tessier pour la régulation des étangs, aux conseils municipaux et propriétaires pour la mise en œuvre des travaux, et à l'État ainsi qu'à Napoléon III pour l'impulsion politique. La loi de juin 1857 et le développement des routes agricoles apparaissent à ses yeux comme des conditions décisives. Il insiste aussi sur l'accord des intérêts privés, ferroviaires et gouvernementaux. Sa conclusion est donc favorable à cette politique et présente les progrès matériels comme sa principale justification (p. 258-259).

Référence bibliographique

Charles, Albert, « La sylviculture en Gironde sous le Second Empire », Revue historique de Bordeaux et du département de la Gironde, tome 13, n° 3, 1964, p. 225-259. DOI : 10.3406/rhbg.1964.1945. Texte original : 35 pages imprimées, avec une page supplémentaire de notice Persée dans le fichier PDF fourni, soit 36 pages PDF. La date de génération indiquée par Persée (12 avril 2023) n'est pas la date de publication de l'article. Document consultable sur https://www.persee.fr/doc/rhbg_0242-6838_1964_num_13_3_1945.

Note documentaire : les erreurs typographiques et différences numériques qui figurent dans le document ne sont pas corrigées sans preuve externe. Les chiffres sont attribués à Albert Charles et aux sources qu'il cite, et non présentés comme des mesures contemporaines.

Repères du document

RepèreInformations
AuteursAlbert Charles
Année1964
TypeScholarlyArticle
Langue du documentfr
DOI10.3406/rhbg.1964.1945
CatégoriePins et Résine
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